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26 oct. 2014

Incubateur

Ca fait quatre jours que je n'ai pas adressé une parole à ma mère.

Mardi dernier, j'ai appris que l'association culturelle de l'école avait choisi mon projet. Un truc sur lequel je bosse depuis un mois a été sélectionné. Je suis donc devenue présidente de l'association en question et prépare actuellement un grand événement qui se déroulera en septembre 2015.

Je me suis sentie extrêmement heureuse et fière des nouvelles copines avec qui je bosse, ainsi que de notre travail. Ce sera le plus gros projet de ma vie pour l'instant, j'ai jamais entrepris un truc aussi grand de A à Z, encore moins en le dirigeant.

En rentrant, je l'annonce donc à ma mère. Allongée devant la télévision, elle me demande alors ce que je gagne. Je réponds que je gagne le fait de pouvoir réaliser mon projet. "Ok" Je commence à avoir un peu les boules et lâche un "ok tu t'en fous en fait".

- Mais non.
- Bah si, tu dis ok alors que ça fait un mois que je bosse dessus et que c'est un projet qui va me prendre un an !!
- Je sais pas, tu gagnes rien en fait, donc bon.

Et là, je sais pas, je me suis sentie imploser. Cette meuf, c'est une blague. Elle serait plus heureuse et fière de moi si je gagnais de la thune en bossant au Mcdo, sans avoir jamais fait d'études (puisque je ne rapporte rien) ni même intégré mon école.

"Mais pourquoi tu cries ?"

Cette femme n'a même pas l'intelligence pour reconnaître la colère de sa fille. Même en mettant le mépris à côté, je me pose sincèrement des questions sur les capacités de cette femme, si elle n'a pas de léger retard mental. Il n'est pas possible autrement d'avoir un comportement pareil, même ma grand mère qui était analphabète, qui ne comprenait pas grand chose de ce que je vivais, était capable de ressentir de la fierté à mon égard, juste par le fait de me voir fière de moi même. 

Le pire : je suis faible, je ne peux rien faire sans être soutenue.
Et si je n'avais les filles avec qui je travaille ? Pas mes amis ?
Je n'aurais même pas pu compter sur ma propre mère pour vivre. 

29 juin 2014

Omelette aux lardons

Je ne supporte plus ma mère et je me demande même comment elle fait pour continuer à exister.

En parlant avec mon frère, je me suis rendue compte qu'il avait envie de manger des légumes, chose qu'il n'a jamais faite jusqu'à maintenant vu que ma mère ne lui achète que ce dont il a envie (c'est à dire des plats préparés, des frites surgelées, etc). Pour remettre le contexte de la situation : ma mère sait cuisiner AU MAX une omelette et cela fait des années que je mange de façon absolument séparée (je fais mes propres courses, mes propres repas et me sustente à des horaires décalés). Les repas en famille, je n'ai jamais connu. 

Bref, le problème ici, c'est que je reproche à ma mère de continuer de lui acheter des choses mauvaises pour sa santé (j'en avais déjà parlé à mon médecin qui me dit que osef tant que mon frère a un poids normal, OK CIMER) et qui vont à l'encontre des envies de mon frère. Elle me rétorque en soupirant qu'elle ne peut pas faire autrement s'il ne lui dit pas quoi acheter. Pardon ? Tu as besoin que ton fils de 14 ans prenne des décisions pour toi ? Qu'il te commande ? C'est toi la mère, non ? "Non mais après, j'achète des trucs que personne ne mange" MAIS PUTAIN MEUF c'est NORMAL, t'achètes que de la merde de gros porc (des charcuteries immondes genre museau de porc).

J'ai comme le sentiment que ça lui est égal de nous tuer à petit feu, comme si prendre une petite compote en fin de repas deux fois par semaine allait améliorer notre santé. Ses habitues alimentaires me sortent par les yeux et démontrent une telle stupidité que je me demande ENCORE comment cette femme peut être ma mère. Quant à moi, je suis en surpoids et je dois perdre environ trois kilos pour me préserver du diabète (ma mère ayant du diabète, du cholestérol et un cancer du foie, bien l'héritage génétique nan ?) et en plus de cela, j'ai un taux de cholestérol un peu trop élevé. Au lieu de m'aider et de me soutenir dans mon entretien corporel, ma mère me suggère de me faire une omelette aux lardons (les oeufs étant le meilleur ami du cholestérol et les lardons, inutile de préciser) ou me propose encore de finir le pot de glace. Je finis par entrer dans des colères noires et penser qu'elle veut me tuer. Mes accès de colère sont tellement répétitifs que je ne comprends pas comment ma mère peut réitérer ce type de suggestions en toute candeur. 

Mes amis trouvent que je parle mal à ma mère. Même si je pense que le respect est un principe inconditionnel et absolu, je me rends compte que je n'arrive pas à avoir du respect pour ma mère, simplement parce que je trouve qu'elle n'en mérite aucun. Je continue de me demander comment aujourd'hui, n'importe qui peut encore engendrer la vie en toute impunité.

3 avr. 2014

Récap fin 2013

Ces derniers jours, je suis tombée sur deux articles de presse qui me concernent directement. Le premier est de Libération sur les expulsions et la fin de la trêve, le second est publié sur Rue89 et c'est le témoignage d'une femme qui parle de son beau père atteint d'un cancer qui ne trouve pas sa place au sein du système médical français. 

Ces deux articles résument assez bien ma vie ces derniers mois. Je crois que j'ai tout vécu sur le mode de la passivité, en attendant que ça passe ou en déléguant mes inquiétudes à ma mère. Je veux dire que c'est comme si je n'avais pas assisté à ma vie, ni à la mort de ma grand-mère, ni aux préoccupations liées à mon logement. 

Pour revenir au commencement : suite à des maux de têtes, les médecins ont détecté une tumeur au cerveau de ma grand mère il y a environ quatre ans. Pour une fois, je n'ai pas googlé, j'ai pas fouillé de fond en comble doctissimo. Je passais le bac, je ne voulais pas m'inquiéter. Je savais cependant que c'était plutôt grave mais je n'avais pas peur de la mort : ma grand mère est une battante. La guerre, la fuite, le viol, la violence, l'abandon, la misère : rien ne l'avait tué, alors pourquoi cette fois-ci ?

Vu que je vivais avec elle, je la voyais s'affaiblir. Depuis un ou deux ans, je m'étais alors préparée à son départ, bien que je ne supportais pas la façon dont la maladie et le traitement la changeait : elle perdait la tête, comme on dit. Je ne la reconnaissais plus, donc symboliquement, même si elle est décédée en novembre, cela fait déjà un moment qu'elle m'avait déjà quitté.

Puis ma mère aussi est tombée malade, elle a actuellement un cancer. L'hospitalisation de ma grand-mère se combina alors avec un arrêt de travail. L'état de ma grand-mère jugé "trop stable", "on ne peut plus la garder". Elle se destinait à la maison de retraite médicalisée, à savoir un truc à des milliers d'euros par mois (davantage qu'un mois de salaire de ma mère). "Heureusement", elle est décédée avant.

Quoiqu'il en soit, le loyer n'allait pas se payer seul, donc ma mère vivait avec la peur au ventre pendant des mois, parce qu'on allait être expulsés. Je savais absolument tout ça mais je m'y refusais d'y penser. J'en avais parlé à quelques amis, je sais que j'aurais eu des endroits où aller. Je suis d'une ignoble cruauté mais je ne me souciais pas du destin de ma mère, en partant du principe suivant : "tu n'es pas en mesure d'assurer un toit à tes enfants, pourquoi t'en as pondu deux ? Maintenant, tu te démmerdes" Je m'étais démmerdé, à elle d'assurer sa propre survie (nb : ça fait plus d'un an que j'assure moi-même toutes mes dépenses, même si mon assistante sociale m'a déjà conseillé de porter plainte pour négligence parce que ma mère refusait d'assurer mon alimentation. Elle ne me doit qu'un toit, et encore, c'est la première fois de sa vie étant donné que je vivais sous le toit de ma grand mère).

Pour ma mère, la mort de ma grand-mère signifiait ma naissance. D'un coup, elle se retrouvait avec une meuf de 20 ans à charge. Et direct, on a failli se retrouver SDF. Je peux pas imaginer qu'elle soit la fille de ma grand mère. Soit. Ca s'est réglé parce que mon oncle dispose de plusieurs appartements et qu'il a pu nous reloger (j'ai parlé de ma mère à mon médecin, elle adore la positionner en tant que victime genre "peu de gens qui ont vécu dans les mêmes circonstances que ta mère en serait là", sauf qu'elle est nulle part et que son frère, ayant vécu dans les mêmes circonstances qu'elle, se retrouve proprio et pété de thunes, cherchez l'erreur).

Me voilà reléguée en banlieue. Je ne me plains pas de ma situation, c'est largement moins pire que je ne le pensais (je souffrais davantage d'harcèlement de rue dans mon ancien quartier parisien qu'ici dans le 93). J'ai déménagé dès que possible, donc ça faisait deux mois que j'avais emménagé dans ce nouvel appart, seule. Ma mère est arrivée il y a environ deux semaines. Nous sommes discrètement partis de nos apparts respectifs dans la discrétion. Je ne suis pas sûre que quelqu'un remarquera mon départ, dans mon ancien immeuble, bien que j'y ai vécu 20 ans.

Pour ceux qui se posent la question de pourquoi on est pas dans un HLM : ma mère ne fait pas la demande en disant qu'on n'en aura pas. Tout comme j'ai raté une année de bourse parce qu'elle m'a découragé lorsque je voulais postuler en disant que je n'aurais rien (en vrai : je suis aujourd'hui à l'avant dernier plus haut échelon). Hashtag "ma mère", comme je le dis quotidiennement.

Je ne comprends toujours pas comment des personnes peuvent faire des enfants sans pouvoir les assumer, ni financièrement, ni psychologiquement. Je veux dire : what's the point ? Quel intérêt, quel bonheur trouve-t-on dans la reproduction si on n'est pas capable d'assurer le minimum (tant matériel qu'émotionnel) à ses enfants ? Je ne suis pas en colère. Disons que je me pose simplement ce type de questions.

29 janv. 2014

Mon deuxième prénom est Sarah.

Ma mère m’a appelée ainsi d’après le dessin animé Princesse Sarah qui met en scène une petite fille issue d’un milieu aisé et qui, du jour au lendemain, perd tout (son père compris) et finit domestique dans un pensionnat de meufs. En gros, d’une vie de princesse, elle passe à une vie misérable et difficile mais elle reste toujours courageuse en dépit de ses malheurs. Voilà le speech. Ma mère voulait que je sois comme elle : modeste, gentille, généreuse, docile et totalement niaise.

Je me rends compte qu’elle avait une certaine vision de la fille qu’elle aurait voulu avoir. Les propos qu’elle a déjà tenu à mon égard, même après s’être excusée, n’étaient peut être finalement pas des « paroles en l’air » lancées sous le coup de la colère comme elle et mon entourage tentent toujours de m’en convaincre : « si j’avais su que tu deviendrai comme ça, j’aurais avorté » (il y a plusieurs années).

Ce week-end, après une dispute, j’ai « fugué ». Je suis partie vendredi et je suis revenue dimanche soir, en me disant que ça la remettrait peut être en question. Finalement, je crois qu’elle ne s’en est même pas aperçue.

En fait, elle aurait voulu que je sois une jeune fille niaise, à son service et présentable en société. Oui parce qu’à chaque fois qu’elle convie quelqu’un chez moi, elle me rappelle systématiquement la façon dont je dois me comporter : dire bonjour, ne pas sortir de la salle de bain à poil ou encore sourire, bêtement. Comme si je n’avais aucune manière. De toute façon, elle n’invite quasiment jamais personne puisque je ne suis pas présentable, d’après elle. Je crois qu’elle aurait voulu que je sois une fille qui trime, qui fait des efforts et qui se contente de peu. Vous savez, la fille dont on dit qu’elle est « bien aimable », ce genre de trucs. Je sais que ce portrait n’est pas très clair, mais j’ai exactement l’idée de ce type de fille en tête : une meuf vide, souriante et conne. Bah merde : je ne me contente que de ce que je veux exactement et je suis pas trop la fille la plus douce du monde.

Comme vous le savez, j’ai donc creusé un fossé entre ses attentes et ce que je suis aujourd’hui. A l’époque, il y a quelques années, je m’estimais en conflit avec ma mère. Aujourd’hui, je pense qu’un mur définitif et immuable nous sépare.

Vendredi dernier, lorsque j’ai pseudo-fugué, je suis partie en claquant la porte parce qu’elle me reprochait de réviser mes partiels. Le travail intellectuel que je mène ne serait, selon elle, qu’un prétexte pour ne pas avoir à l’aider (je veux dire : à faire à sa place) dans les papiers administratifs liés à notre déménagement. Parce qu’effectivement, parait que c’est pas que je ne peux pas l’aider mais que je VEUX pas et que je suis paresseuse. Je n’ai pas supporté cette insulte à mon travail ni au principe même qu’une mère reproche à sa fille de vouloir réussir son semestre. Les études, c’est vraiment la chose sur laquelle je ne supporte pas qu’on m’attaque. J’ai pris mes affaires et voilà, j’me suis cassé chez un pote.

Quant à ma vie sociale, elle n’est que superficialité. Elle n’envisage pas une seule seconde que les relations amicales que je tisse aujourd’hui sont le ciment de mon ascension sociale de demain. C’est d’une stupidité sans nom. Tandis que je passe mes soirées dans des apparts avec des moulures au plafond (le symbole suprême de la distinction, n’est-ce pas) avec des gens issus de milieux éclectiques, elle se complaît dans une lugubre solitude (« je ne veux voir personne, je ne veux parler à personne »). Il lui arrive même parfois de débrancher le téléphone fixe pour ne pas avoir à recevoir d’appels. C’est d’un glauque.

Certes, c’est un choix de vie, chacun dispose de penchants différents, mais parfois, je me demande réellement si elle a déjà réfléchi une fois dans sa vie. Quand même : je suis le fruit d’un hasard. Un homme, une pression sociale et pouf, me voilà. C’est hypocrite de sa part de prétendre me considérer comme sa chair et son sang, de prétexter un culte à la famille alors qu’elle ne m’a jamais soutenue ni jamais comprise. C’est insensé.

L’autre jour, je revenais d’une conférence-débat avec Christiane Taubira. Son éloquence m’avait subjuguée et son discours inspirée. Je suis rentrée chez moi dans une certaine exaltation. Je racontais cette rencontre à ma mère jusqu’à ce qu’elle me coupe : « au lieu de rencontrer tes ministres, aide moi et occupe-toi un peu de la maison ». Sans ironie ni second degré, hein. D’un ton sec, coupant la sympathie minuscule que je pouvais encore avoir à son égard. Je n’arrivais pas à faire autrement, mais je l’ai trouvé détestable et d’une débilité sans nom. « Tu te rends compte de ce que tu dis ? » : la meuf incapable de me regarder dans les yeux. Elle ne me répondit pas. Littéralement : elle aurait préféré que je fasse la lessive plutôt que je fasse des rencontres décisives dans ma vie.

La culture ainsi que nos relations sociales nous ont définitivement séparées. On ne se comprend plus. En fait, je doute même qu’elle ait cherché à me comprendre un jour. Je ne lui parle désormais que par impératif biologique du type : « achète des pâtes stp ». Et encore, il m’arrive d’aller faire des courses moi-même lorsque je vois à quel point elle est incapable de nous assurer une alimentation saine. Sa viande, son gras et ses produits purement industriels m’écœurent parfois à un point insoutenable.

Bref, j’ai hâte de partir.

Au passage, je remercie la lectrice qui m'a conseillé les mémoires de Simone de Beauvoir. J'en suis à la moitié et c'est peut être prétentieux mais il est vrai que je trouve quelques traits communs avec elle (le sentiment d'être à l'écart de la féminité, l'émancipation familiale ou encore la volonté de devenir quelqu'un).

19 janv. 2014

Histoire singulière

En déménageant, j'ai retrouvé une de mes copies de troisième où je devais rédiger le témoignage d'une personne qui a quitté son pays natal pour venir vivre en France. J'ai écrit l'histoire de ma grand-mère, décédée il ya deux mois. J'ai eu envie de la partager quelque part. 

Ma grand-mère est née en 1937 dans une province du Cambodge. Sa mère est morte en lui donnant vie et son père l'a rapidement abandonné parce qu'elle était une fille. Une gentille dame l'a adopté. Elle était mariée à un homme alcoolique, brutal et violent qui déversait sa rage sur ma grand-mère. Par la suite, alors qu'elle avait une dizaine d'années, c'est sa voisine qui l'a recueillie suite aux blessures physiques et psychologiques qu'elle avait pu observer. Ainsi, ma grand mère poursuivit sa jeunesse dans la misère et avec sept autres enfants. Le père adoptif cultivait du riz.

Vous vous doutez, du fait de sa condition féminine et sociale, elle n'a jamais pu aller à l'école. Elle est morte analphabète.

Jusqu'à ses seize ans, elle resta chez elle pour aider puis un jour, elle décida de partir vers l'inconnu. Durant deux ans, elle est allée de village en village en accomplissant des tâches ménagères contre des bols de riz et un peu d'argent. En économisant, elle arriva à Phnom Penh en car. De petits boulots en petits boulots, elle finit chez un bel homme vietnamien fortuné qui s'appelait Tran et qui était couturier. C'est mon grand père. 

A ce niveau de l'histoire, je n'avais pas écrit grand chose parce que ma grand mère était évasive. Par rapport à mon âge de l'époque ou par rapport à elle-même. Je crois que ma mère est issue d'un viol, sans que ma grand mère ne sache vraiment ce qu'est un viol. Peut être qu'elle imaginait que les relations sexuelles étaient fatalement initiées et forcées par l'homme. Je sais en tout cas qu'elle a conservé une haine viscérale de l'homme toute sa vie, jusqu'à ce qu'elle rencontre plus ou moins mon ex Jeremy, qu'elle préférait savoir à mes côtés plutôt que seule. 

Bref. De cette union est née une fille qu'elle a du abandonner parce qu'elle ne pouvait pas l'élever, même si mon grand père était fortuné. Leur histoire devait rester cachée. Entre riches et pauvres, bourgeois et domestiques, les relations étaient mal vues, voire interdites, donc un enfant ? No way. Ensuite, elle a eu ma mère, mais cette fois-ci, elle n'arriva pas à renoncer à la maternité donc elle l'éleva à l'abri des regards. A la naissance de mon oncle, elle ne supportait plus cette clandestinité. Tran lui a donné un peu d'argent et elle est partie avec ses deux enfants. Elle avait 23 ans.

Alors qu'elle cuisinait dans un restaurant, elle a du partir se cacher dans la jungle à cause des Khmers Rouges. Pour survivre, ils s'alimentèrent avec ce qu'ils trouvaient : serpents, insectes, maïs, igname. Puis à pied, ils sont arrivés au Vietnam et vécu là bas. Elle bossa à nouveau dans un restaurant puis son patron la fit venir en France parce qu'il avait aussi un restaurant à Paris. J'ai longtemps cru que cet homme était mon grand père. C'est lui qui m'a élevé avec ma grand mère.

Elle était réticente à Paris (trop grand, trop inconnu, trop étranger) mais y est tout de même resté, sans avoir pu retourner un jour au Vietnam. Pas les moyens. Moi non plus, je n'y suis jamais allée, à la grande stupéfaction de tous ceux qui m'ont posé la question. Pas les couilles de dire que je suis jamais partie en vacances avec ma famille, parce qu'on a jamais pu financièrement. 

J'ai appris par ma cousine que ma grand mère avait exprimé sa volonté de mourir au Vietnam. Volonté qui n'a pas pu être respectée.

Ma mère étant effacée, je me considère presque comme l'enfant directe de ma grand mère. Je suis la première génération à être allée à l'école, je porte sans doute dans mon sang des existences pénibles et sacrifiées comme celles de ma grand mère. C'est comme si mon existence n'avait quasiment pas eu d'origines ni de passé, comme si j'étais la première humaine sur terre. C'est un sentiment étrange. Je veux devenir quelqu'un afin que ma grand mère puisse se dire que le combat qu'elle a mené pour vivre valait le coup.

25 nov. 2013

Lighthouse

Bon.

Ma grand mère est morte. Je suis en train de déménager. C'est la première fois de ma vie. Et surtout : je quitte Paris. Bon, d'accord, je vais pas non plus dans la campagne et je suis toujours desservie par le métro, mais dans le principe, je ne serai plus parisienne, alors que c'est un des adjectifs qui ressort le plus quand on veut me qualifier. Concernant le décès, je le vis plutôt bien. Cela faisait des années qu'elle était malade (j'étais encore sur skyblog, vous imaginez ?) et quelques mois qu'elle vit à l'hôpital. Je me suis habituée à son absence (nb : pour ceux qui n'ont pas suivi mon histoire, c'est avec elle que j'ai toujours vécu, elle qui m'a élevé). Le plus dur dans l'histoire, c'est de supporter le reste de ma famille. Ma mère ne m'a jamais autant cassé les couilles et plus le temps passe, plus je nie le lien de parenté que nous sommes supposées avoir. Jamais je ne me suis sentie aussi éloignée de quelqu'un. Spirituellement parlant, je veux dire. Quant à mon oncle, voilà hein. Je n'en avais jamais parlé jusqu'ici parce qu'il est l'individu qui me débecte le plus dans mon entourage. A titre illustratif, dernièrement, il m'a sorti la phrase suivante : "on a jamais rien dans ma vie si on est honnête". Voilà.

Sinon, ce soir j'ai maté The Holiday. Le film était un peu pourri mais nouveau déclic : je recrois (ou j'ai envie de recroire) à l'amour inopiné. Par conséquent, après des mois d'errance sur Adopteunmec.com et une quinzaine voire vingtaine de rencontres, j'ai enfin réussi à quitter le site. C'est fou comme c'est addictif. J'en ai assez des rencontres calculées. Je dois apprendre à être seule ("seule" étant un mot pour qualifier le fait de n'avoir personne dans le viseur), même si je fréquente toujours Lucas (voir articles précédents). Notre relation me suffit pour le moment : un truc stable, qui ne demande aucun engagement, et surtout, aucune attentes particulières. On se voit, on va au ciné, prendre des verres, parfois sans passer la nuit ensemble. Sa compagnie m'est agréable et je suis heureuse de ne pas avoir d'obligations à remplir (quotas de rdv par semaine, par exemple). Voilà.

Concernant l'école, je me suis rendue compte que je m'épanouissais pas mal. LIMITE l'impression de bosser chez Google. C'est fou comme le cadre matériel des études peut peser sur le moral. Le fait d'arriver dans de grands bâtiments propres,  d'avoir un bar à salades pour le déjeuner (et non plus des kebabs), une salle de sport, des espaces de coworking, une émission tv étudiante diffusée en continu sur un énorme écran à l'entrée, des poufs dans la bibli, des espaces détente et tout... Ca me change vraiment de Paris 8. Je réalisais pas d'à quel point étudier dans des locaux vétustes remplis de graffitis révolutionnaires pouvait influer sur mon bien-être. Niveau cours, j'ai énormément de travail, mais je me débrouille pour le moment. Cela dit, je regrette que ce soit aussi académique. Je ne trouve pas qu'on nous pousse à réfléchir au monde de demain, qu'il s'agit d'un deuxième niveau de pensée que nous devons creuser par nous-mêmes. C'est faisable, mais compliqué. Puis ça crée un fossée entre ceux qui le font, et ceux qui ne le font pas. Je trouve ça naze. Voilà.

Aussi, je vous poste le soundcloud du groupe de mon ex :) Il m'a aidé à monter ma bibli cet aprem, je vais lui apporter des écoutes s'il y a toujours quelqu'un qui me lit ici.

19 juin 2012

Fête des pères

Il y a quelques jours, c'était la fête des pères.

Je me sens toujours coupable de ne pas être attristée par la mort de mon père, et chaque "mais ça reste ton père !" me touchent encore. J'ai pas l'impression que beaucoup de gens me comprennent lorsque j'ose leur dire que je m'en fous de cet homme. Cet homme n'est pas mon père, quelque soit le lien sanguin qui pouvait nous unir.

Depuis dix huit ans, à chaque rentrée, à chaque cours, j'ai remplis cette putain de fiche d'informations sur les parents, non seulement en devant assumer le métier de ma mère (à moins qu'il ne fallait mettre "au chômage") mais aussi rayer tout ce qui concernant le père. Je me souviens que quand j'étais petite, j'avais du mal à le faire. Je le laissais vide, au cas où il reviendrait un jour. C'est bien la naïveté de l'enfant ça. Je sais même pas comment j'ai pu ESPERE qu'il revienne en France, puisque ça n'aurait rien changé à ma vie, je n'aurais toujours pas eu de père. 

Aujourd'hui, c'est avec sang froid que je raye toutes informations concernant le père. Mais j'y pense encore systématiquement, puis je me demande comment aurait ma vie, ma vision du monde, si j'avais eu un nom, un prénom, un métier et un numéro de téléphone à mettre dans ces cases. Si j'aurais appris à faire du vélo, s'il aurait cassé la gueule de Jeremy, si je serais allée au cinéma avec lui. Si ma vie avait été différente, et si oui, à quel point.

Je ne souffre pas de son départ en Australie, de sa mort, et je m'en fous qu'il ai refait une famille là bas, d'avoir une demi-soeur que je ne connais pas et dont on m'annonce l'existence comme si c'était un détail. Je m'en fous de cet homme qui m'envoyait des lettres qu'il signait "ton papa" comme s'il y avait une quelconque valeur. Tout ce que j'aurais voulu, c'est la stabilité. Quelqu'un sur qui me reposer. Quelqu'un qui m'aimerait quoique je fasse, qui me soutiendrait dans tous mes projets. Entre ma mère qui ne sait même pas quelles études je fais et ma grand mère qui croit toujours que je vais finir à la banque ou informaticienne (calqué sur le modèle d'une de mes tantes qui habite dans un presque château et de mon cousin qui a une belle voiture), cet objectif ne sera jamais atteint.

Sans y voir un quelconque complexe d'Oedipe, je pense que mon copain est quasiment ma famille. Il s'occupe, se préoccupe de moi, me soutient, me connait, m'accepte, me pardonne et m'aime quoique je fasse. Ce que j'écris me fait pleurer. Si j'étais dans une famille standard, je l'aurais eu cet amour, mais aussi celui de ma mère, et celui d'un père. Un triple amour comme celui-ci, je n'ose même pas l'imaginer. Je suis comblée avec mon copain, mais je pense que je ressentirai toujours un manque, dans ma vie. Pas le manque de parents normaux, mais le manque de normalité. J'ai beau dire que je m'en fous, je pense que ce sera une blessure qui ne guérira jamais. Je continuerai d'avoir la peur maladive de l'abandon, inconsciemment.

27 mai 2012

Lonely Boy


Aujourd'hui, je suis allée à la représentation de danse de mon frère au 104. Bon, en soit c'était un mélange douteux de break dance et de danse contemporaine, mais c'était étrange de le voir comme un être indépendant. Genre pas qu'en tant que mon frère quoi. J'étais et je suis toujours très fière de lui qu'il pratique un moyen d'expression artistique et surtout qu'il s'affranchie de sa timidité et de la dépendance du regard des autres. Je sais plus si je l'ai déjà dit mais il est né avec un handicap qui pourrait changer le regard des autres sur lui. Sa fente labiale a été évidemment opérée mais physiquement, il reste des séquelles que les gens pourraient éventuellement trouver bizarre. Je crois qu'il manque un peu confiance en lui et qu'il pense qu'il est inintéressant parce que ma mère ne lui accorde pas d'attention. En parlant d'elle, elle n'est bien sûr pas venue sous prétexte qu'il faisait trop chaud. En mode jmenbalécouy quoi. Moi j'ai trouvé ça extrêmement important de le soutenir parce que c'est pas pour répondre aux préjugés, mais c'est pas comme s'il faisait du foot (il aime bien le foot aussi). Faire de la danse en tant que garçon, c'est un peu difficile vu que ça va à l'encontre des stéréotypes...

Du coup, le voir comme ça, se mouvant sur scène, je sais pas, ça m'a donné les larmes aux yeux. Bon, c'est vite passé, mais ça m'a foutu la boule dans la gorge quand même. Il devient quelqu'un, il se construit et j'assiste à l'élaboration de sa personnalité, de sa façon d'être, ce qui guidera ses goûts et ses choix. Il a arrêté de n'être que mon frère, il devient quelqu'un, enfin. Je repense souvent à mes douze ans et me compare à lui. C'est pas pour faire ma tata Josie mais ça pousse vite ! Je le revois encore tout ptit, me cassant les couilles, et je me revois écrire dans mon journal intime "JE N'EN PEUX PLUS DE MON FRERE" en rayant de toute mes forces son prénom. En vrai, c'est un frère formidable et je pense qu'avec le temps, il n'en deviendra que meilleur. Vu ses fréquentations actuelles, je n'ai pas à m'inquiéter de ce qu'il adviendra (j'ai toujours flippé qu'il vire mal, vu notre contexte socio-économique familial).

Sinon, pour revenir à la question d'indépendance, mais sous un autre angle, j'ai parlé à ma mère de partir de chez moi avec l'argent de la bourse et le salaire que j'aurais peut être si je suis prise dans l'association. Elle a pété un câble et moi aussi. Pour elle, si je pars, on aura plus rien à se dire. La meuf refuse de m'aider. En gros, je vais devoir attendre d'avoir mon premier job stable pour partir, c'est à dire dans pas mal de temps. Elle ne m'aime pas et pourtant, refuse de m'aider pour mon indépendance. C'est une rapiat en soif de pouvoir. Si elle croit que je vais me laisser pourrir chez moi pendant encore cinq ans, elle peut toujours aller courir. Par tous les moyens je partirais de chez moi avant. Si j'entre au Celsa, j'ai décidé de faire un prêt pour vivre toute seule (ou en colocation) trois ans avant d'avoir mon diplôme.

Bon, après la dispute j'étais upset donc j'ai pretexté aller dormir dans mon lit alors que je pleurais. Ma grand mère est venue me voir et on a parlé une bonne heure. Elle a dit que je devais pas en vouloir à ma mère parce qu'elle n'a jamais rien compris à la vie et que c'est comme ça. Puis elle a pleuré de joie parce qu'apparemment, elle est trop fière de moi et qu'il fallait pas que je sois triste parce que tout ce que je fais la maintien en vie (elle a une tumeur). C'était un moment très très très awkward. Je savais plus où me mettre alors que je textotais à mes potes, pur stéréotype de l'ado de la génération Y mais c'était pour me cacher quoi.

PS : Au fait, j'ai retrouvé mon journal intime disparu ! Même que je croyais que les cambrioleurs l'avait subtilisé pour se foutre de ma gueule là. Il était sous un tas de chaussures.

19 mai 2012

Fuck yeaaah

J'ai reçu un mail de l'association pour laquelle j'ai postulé, pour septembre-octobre.

J'avais passé l'entretien d'embauche et suite à ça, ils m'avaient demandé de leur envoyer quelques écrits. Aujourd'hui ils m'ont répondu pour me dire :

- Qu'ils avaient >>>> vraiment <<<< bien aimé, trouvé ça intéressant
- Mon style est clair, précis et très personnel (je leur avais envoyé aussi l'article sur Megaupload)
- Mes critiques cinématographiques sont >>>> très <<<< pertinentes
- Mes interviews sont bien menées et structurées

Et que j'aurais une réponse d'ici 15 jours !

Sans vouloir me la jouer Laura Ingalls, à la lecture de ce mail, mon coeur s'est emplit de joie. En ce moment je bénéficie d'une reconnaissance de la part des professionnels qui me donne non seulement confiance en mon futur, mais ça regonfle aussi la motivation que je peux avoir pour les cours. Tout cela ne serait donc pas fait si vain que ça...

Si tout se passe bien, je ferais donc mon stage au Muséum jusqu'à mi septembre, puis j'enchaînerais en temps partiel pour l'association pour l'apprentissage des nouvelles technologies dans un but culturel. Je vais enfin me sentir active, utile et THANKS GOD je vais enfin commencer à apprendre des choses concrètes qui vont me grandir humainement.

Petite ombre. En recevant le mail, j'étais tellement fière de moi que j'ai voulu le lire à ma mère qui m'a répondu "ok c'est bien". Juste "ok c'est bien", comme si je lui avais annoncé que j'avais gagné 2€ au Millionnaire. Un "ok c'est bien" qui sonne comme un "ok mais s'ta vie". C'est vraiment ignoble de devoir vivre en se passant de la reconnaissance de ma mère. J'ai le sentiment que même si j'étais complètement abrutie et illétrée, ça aurait pareil. Grandir dans l'indifférence la plus totale et faire comme si c'était normal. Je ne peux pas lui dire "Mais tu t'en fous ou quoi ?" parce qu'elle ne me répondrait que "Bah non !!" sur un ton tout aussi nonchalant que son "ok c'est bien". 

J'en souffre moins qu'avant, c'est sûr, parce que j'ai le soutien mon copain et de mes amis, mais personne ne pourra remplacer ma mère. J'ai beau souvent dire que j'en ai rien à foutre d'elle, mais elle compte quand même. Rien que pour mon ego personnel, je voudrais qu'elle reconnaisse que d'être parvenue dans la situation dans laquelle je suis aujourd'hui, par rapport à l'environnement auquel elle m'a destiné, c'est quand même pas mal. Et que tout ce que j'ai développé, c'est loin d'être grâce à elle. 

Je voudrais pouvoir la voir un jour être fière de ma mère, ce qui ne se réalisera probablement jamais.

24 mars 2012

Autobiographie

100ème message du blog, youpi.

L'autre jour, j'ai réalisé qu'en réalité, ma vie était assez ouf quand même. Statistiquement parlant, j'aurais pu, voire du mal finir. Ce serait tout de même un peu prétentieux de ma part que d'écrire une autobiographie en plus de ce blog complètement égocentré, donc je me rabattrai sur un petit article.

Je pense que ceux qui me lisent depuis un certain temps sont déjà au courant de ma situation familiale et sociale, mais quand j'y réfléchis, même si je ne suis heureusement pas un cas rarissime dans ce genre de contexte,  je me dis que je pourrais tout de même être super fière de moi. Sauf que je ne le suis pas, parce qu'il m'a toujours semblé normal d'agir comme j'ai agis tout au long de ma vie.

Flash back (et là vous êtes censé avoir l'image d'une petite fille aux yeux EN AMANDE et non bridés, a.k.a moi).

Je suis née en juin 1993, ma grand mère et ses enfants sont arrivés en France durant la guerre du Vietnam sans mon grand père, car il s'agissait d'enfants illégitimes puisque ma grand mère était domestique, tandis qu'il était un riche couturier. Dit comme ça, ça fait un peu téléfilm de M6 où finalement le riche plaque toutes les conventions pour se marier avec la domestique, en mode Jennifer Lopez (je me rappelle plus du titre du film), mais la réalité est plus dure. A partir de ce moment, ma grand mère est devenue misandre, tout en conservant assez paradoxalement, une soumission envers les hommes, qui viendrait probablement de la culture vietnamienne.

C'est elle qui m'a élevé. Davantage que ma mère. Je ne sais plus ou je ne sais pas pourquoi, mais dans mes souvenirs, c'était elle qui me faisait à manger, elle qui s'occupait de moi quand j'étais malade et elle qui m'emmenait jouer au parc. J'essaie d'y réfléchir, je trouve bien des souvenirs avec ma mère, mais mon quotidien m'évoque surtout l'omniprésence de ma grand mère. Peut être parce que ma mère travaillait. A cette époque, elle était un truc genre secrétaire. Dans mes souvenirs, elle était heureuse. Sur les photos, elle était jolie. Ce devait être une belle époque. 

Ma vie est ainsi divisée en deux. Cette "belle époque", et aujourd'hui. Je pense que la césure s'est faite lorsque mon frère est né. J'espère qu'il ne lira jamais mon blog, car je ne veux pas qu'il pense que je fais le rapprochement entre sa naissance et un quelconque malheur, même si le fait qu'il soit né avec un handicap n'ait pas aidé ma mère à aller mieux.

Bref, retour dans le présent.

Je suis donc Tanane, 18 ans, fille d'immigrés, née d'une mère aujourd'hui employée de commerce et d'un père absent, si ce n'est décédé, élevée dans un quartier pauvre, par une grand-mère analphabète. Pourtant, je suis abonnée au Monde, je fais des études supérieures longues, j'ai eu les félicitations à tous les trimestres, j'aime la littérature, le cinéma indépendant, la philosophie et l'art, je présente un intérêt accru pour les sciences humaines et sociales et je pense avoir un minimum d'esprit critique et de réflexion sur le monde. Ma situation et ma personne ne sont évidemment pas opposées (puisque j'existe !) mais sont bel et bien décalées. La majorité des personnes ne seraient pas là à ma place. Je ne stigmatise rien ni personne, mais il est statistiquement prouvé que les enfants de classes populaires réussissent moins bien à l'école, qu'ils font moins de longues études que les fils d'enseignants. Et le fait qu'ils soient insensible à la culture, il n'y a pas besoin de statistiques, il n'y a qu'à sortir dans la rue et voir ces jeunes qui traînent dans la rue à ne rien foutre. Qu'est-ce qu'ils en ont à foutre d'aller au Louvre ? A la bibliothèque ? Ce n'est même pas une question financière étant donné que la plupart des structures sont gratuites pour les mineurs. C'est une question d'habitus, plus une question sociale qu'autre chose.

Trois choses m'ont sauvé la vie : l'école, la lecture, et internet.

La lecture a commencé lorsque je me suis inscrite à la bibliothèque de mon quartier. Pourquoi je l'ai fait ? Qu'est-ce qui m'a poussé à le faire ? Un passage en voiture. J'étais dans la voiture, ma mère conduisait, on est passé devant. J'ai demandé à ma mère si je pouvais y aller un jour, elle a dit oui. J'y suis allée toute seule, j'ai regardé les livres puis j'y suis retournée avec ma mère pour qu'on me fasse une carte. J'avais dix ans, je n'avais ni l'argent pour partir en vacances, ni internet, alors ce que je faisais pendant deux étés, c'était lire. Lire du matin au soir, dans mon lit. Je prenais trois livres et allais à la bibliothèque un jour sur deux ou tous les jours, ça dépendait de la longueur des livres. Je notais tous les livres que j'avais lu dans mon journal intime.

Je me rappelle que trop bien de ces journées que je passais à engloutir des histoires, ces nuits cachée sous ma couette avec une lampe que j'avais eu comme cadeau dans un numéro du journal de Mickey, la fois où on m'a surprise en train de lire au lieu de dormir, et qu'on m'a crié dessus parce que j'abîmais mes yeux, où j'ai pleuré et que j'disais que j'en avais rien à foutre de mes yeux. Je me rappelle du soin que je prenais à lire méthodiquement toute la bibliographie de Jacqueline Wilson, guettant les bouquins qui venaient d'être rendus ; dévorant tous les Roald Dahl sans me douter qu'il s'agissait qu'il s'agissait d'un grand écrivain de la littérature enfantine ; de la façon dont je n'arrivais pas à décrocher de Golem des frères et soeurs Murail, à en rêver la nuit et à courir à la bibliothèque prendre le tome suivant ; de mes initiations aux relations sentimentales avec Cathy Hopkins, et les aventures de Lucy, Lizzie, Tasha et J.T (c'était ma série préférée, pauvre nunuche que je suis). Voilà comment j'ai développé le goût de la lecture alors que ma mère ne possède aucun livre.

Bref, loin de Balzac et Zola, ces lectures ont fondamentalement construit la personne que je suis devenue aujourd'hui, mais vers mes douzes ans, ma vie passa à une nouvelle ère. J'avais l'habitude de passer quelques jours chez ma cousine qui deux ans de plus que moi, durant l'été, en banlieue. Je pense que mon penchant naturel à me coucher ultra tard vient d'elle. Et pleins d'autres trucs aussi, comme mon côté no-life. C'était une sorte de modèle pour moi, je la trouvais stylée. Elle avait donc internet et pas moi. Je trouvais ça tellement cool que j'ai supplié ma mère durant des mois pour avoir internet. Sans évoquer MSN ni Skyblog, je défendais ma cause en usant de l'argument scolaire. En sixième, on avait eu une évaluation écrite en sport, sur la Pétéca. Oui, la pétéca, un sport traditionnel du Brésil. On devait faire des recherches dessus et tout, mais comme je n'avais pas internet, je n'avais que la bibliothèque qui ne débordait pas d'informations dessus... Alors voilà, à l'évaluation, j'ai eu 2/20. Je fulminais en me disant "Si seulement Maman avait fait les démarches pour avoir Internet... !!!!" et en pensant au potentiel socio-discriminatoire de ce un contrôle sur la pétéca basé sur des recherches personnelles (et non un cours), sauf que dans ma tête, ça donnait plutôt "Pfff, ça se fait pas qu'il ait eu 19, ses parents sont riches...". Et oui parce qu'Internet n'était encore pas trop répandu à l'époque ! Et finalement, je l'ai eu à l'usure.

Internet m'a servi à développer mon esprit critique et à m'émanciper. Mon modèle n'était plus ma cousine, mais des "stars de Skyblog" type Pierre, Monica, Félicia (si ces prénoms vous parlent.. haha), des pseudos-emo qui m'énervaient, m'amusaient, et dont l'adolescence et la débauche me fascinaient (j'avais 13 ans). Sans m'épancher sur le côté kikoo, Internet m'a trop ouvert l'esprit. Trop de choses, trop de connaissances, trop de mondes, trop de musique. Trop de tout ! Tout débordait de partout ! Quand je venais d'avoir Internet, je trouvais ça juste dingue de taper "chatons" sur Google et de trouver des milliers d'images, de taper "pétéca" et de trouver des vidéos et des pages et des pages sur le sujet. Bref, un puit de connaissances sans fond s'était creusé. Depuis, je lis beaucoup moins et présente une addiction à l'ordinateur (je passe rarement plus de 24h sans y toucher), mais à côté, c'est comme ça que j'ai acquis un sens critique (déjà via Skyblog, en voyant toute la diversité culturelle) et une réflexion sur le monde, la vie, avec MSN où je discutais très souvent avec ma cousine qui, comme tout ado qui se respecte, me faisait partager ses questions existentielles ("Je ne vis pas, j'existe" m'aura marqué).

Quant à l'école, je sais pas quoi dire dessus. Elle m'aura tellement apporté que je pourrais écrire un bouquin entier dessus. Je sais pas comment on peut dire "nik l'école", comment on peut renier cette institution qui m'a portée jusque là où je suis. Pour moi, ça a été mon seul unique foyer intellectuel. J'y ai rencontré des gens qui m'ont tout autant aidée dans ma progression, notamment deux filles de l'école élémentaire : l'une venait d'une famille assez cultivée et qui poussait à l'apprentissage, chez qui j'avais l'habitude de squatter et même qu'ils lui faisaient des supers anniversaires trop bien (des anniversaires que je n'ai jamais eu de toute ma vie), tandis qu'avec l'autre, j'avais une relation peut être plus empathique et complice. Je me rappelle m'être roulée par terre, j'étais morte de rire parce qu'on parlait de poils de zézette. On se demandait si les blondes avaient les poils de zézettes blonds ou bruns. Oui, c'est bien d'avoir 10 ans, je sais mdrrr.

Les rencontres que l'école permettent ne se limitent pas qu'aux amis, mais concernent aussi les profs. J'ai toujours adoré mes professeurs de français. J'ai pleuré lorsque celle de 4ème a annoncé qu'elle partait à New York pour le reste de l'année (oui je suis un bébé). J'ai trop ri avec mon prof de troisième, que je considère comme l'un de mes pères spirituels. Il avait l'habitude de se moquer de mon égo surdimensionné lors de ses commentaires, sur mes devoirs. Je pense que de manière générale, mes profs ont toujours été bienveillants à mon égard. Ainsi je retrouve des commentaires comme "Elève qui sort des sentiers battus" sur mes bulletins. Ca me touche. Je trouve qu'on ne les estime jamais assez et je comprends pas comment des élèves peuvent leur manquer de respect gratuitement. Bref, je sais pas si je l'ai dit mais j'ai écrit une lettre à mon prof de philo pour le remercier. C'est quelque chose à laquelle on pense trop rarement. D'habitude, ça se résume à un "Merci monsieur, au revoir" en fin d'année, mais ce n'est pas suffisant. Ce n'est rien comparé à tout ce qu'ils ont pu m'apprendre. Surtout Monsieur Philo, qui, même sans parler des connaissances, m'a donné un oeil nouveau sur le monde, la société, les sentiments, les relations, bref, tout. Ca peut faire suceuse ou première de la classe, quand je dis que je lui ai écrit une lettre. Mais parce qu'il en vaut la peine..

Voilà ma vie. Tout ça, ce n'est pas quelque chose que je revendique particulièrement (m'a-t-on déjà vu écrire Vietnam rpz ?), mais un truc que j'assume. Je sais d'où je viens, et je ne l'oublierai jamais.

20 mars 2012

La bourse save our lives

J'ai reçu la réponse pour ma demande de bourse, je suis trooooop trop contente, donc j'appelle ma mère pour lui annoncer la bonne nouvelle. La meuf... J'ai jamais vu un tel cassage d'ambiance quoi. Je sais même pas comment elle peut se plaindre d'une telle aide, elle était en mode "C'est pour le mois prochain ? Quoi ? L'année prochaine ? Pffff...". Non mais j'y crois pas quoi. Si je n'ai pas fait la demande pour cette année, c'est parce qu'elle m'a dit qu'on l'aurait pas, mais WHAT THE FUCK IS WRONG WITH YOU. 

J'avais viré dans la phase "je suis trop dure avec ma mère", mais finalement, j'ai envie de dire qu'elle a ce qu'elle mérite. J'suis désolée mais je trouve qu'on doit déjà s'estimer ULTRA HYPER heureux d'avoir une aide telle que celle ci, qui fait presque la moitié de son revenu. 

Je veux pas lui manquer de respect, mais si c'est pas de la connerie, là. De l'ingratitude, même. On lui donne la main, elle veut le bras. Tant qu'elle y est, l'Etat n'a qu'à me donner le SMIC demain, hein. Non mais sérieux quoi. Déjà que c'est moi qui me suis occupée de TOUTE la paperasse (dites vous que si je n'avais pas travaillé et agis, j'aurais toujours pas de compte en banque, et si j'avais pas eu à voyager en cinquième, j'suis sûre qu'elle m'aurait fait ma carte d'identité pour le BAC), je vois pas du tout comment elle trouve la matière pour râler.

Quoiqu'il en soit, sa réaction ne me mine pas du tout, je suis beaucoup trop heureuse de recevoir la bourse et de devenir un peu plus indépendante. Je me dis même que je pourrais me trouver une colocation et bosser un petit peu à côté (j'en ai rien à foutre de me retrouver dans un trou à rat, ça sera toujours mieux que chez moi, QUI EST DEJA UN TROU A RAT), ce qui fait que je partirais plus tôt de chez moi que prévu. Je sais que je rêve un peu parce qu'il est clair qu'au Celsa, je pourrais pas bosser à côté (la meuf qui m'a renseignée a été catégorique) parce que l'emploi du temps est variable et tout. 

BREF. J'avoue j'me suis imaginé le truc en mode alone là. Si ça se trouve je vais même pas aller au Celsa de toute ma vie, je finirai ma licence à Paris 8 et ferai même mon master là bas, et comme c'est tout pourri, je vais enchaîner des stages pendant un siècle jusqu'à ce que je désespère et me reconvertisse dans un CAP chocolaterie-confiserie. THE END.

Non seriously, je suis trop contente.

Bon, à part ça, ce week end, j'ai vu Meredith, cette bloggueuse belgikédélique, qui a sauté sur moi sans doute dans le but de me faire mourir d'une crise cardiaque afin de me dépouiller. Mais warrior que je suis, j'ai survécu. Elle m'a donné son syllabus de socio pour faire genre l'air de rien. Après, Marine est arrivée, après, il y a eu Héloïse. Mais entre temps, il y a eu ces deux latinos bourrés. Et d'autres gars chelous. En fait je sais pas trop si c'est the belgium effect mais Meredith était un aimant à gars chelous. Je pense que c'est parce qu'elle ressemble grave à Dory dans Nemo, donc les mecs ont pensé qu'ils pouvaient abuser de son innocence, mais une fois qu'elle avait le dos tourné, je les ai tous tabassés, c'est ainsi qu'elle a pu écrire son article. Voilà.

25 févr. 2012

Sous X

Message perso : Edouard, je t'ai répondu ! Et tiens moi au courant par mail steupléééé :D

Aujourd'hui, j'ai reçu le dossier à remplir pour la bourse.

De la paperasse, comme d’habitude. Mais cette fois-ci, un peu plus poussée. Ils demandent de remplir les cases genre « père », je ne mets rien, « beau père », je ne mets rien non plus. C’est là que ça me fait mal. Il me fallait le certificat de décès de mon père. Ma mère m’a rappelé quelque chose que j’avais oublié : je suis une enfant née sous X. Je ne cherche pas à savoir le pourquoi du comment, mais ce qui est sûr, c’est que ça montre que je ne suis pas le fruit d’un quelconque amour. Soit mon père n’a pas voulu me reconnaître, soit ma mère n’a pas voulu qu’il me reconnaisse. Pourquoi n’a-t-on pas voulu que je grandisse dans un milieu sain et stable ? Pire : normal ? Est-ce que c’est trop demander que de réfléchir un minimum et de penser au futur d’un enfant ?

Ca me rappelle la fois où elle m’a dit que si elle avait su ce que je deviendrais, elle aurait avorté. Moi je pense qu’elle aurait du avorter tout court. Comment est-ce qu’on a pu penser que j’aurais pu être heureuse dans cette situation familiale, en grandissant dans un amour factice ? Pourquoi on fait pas passer un test aux gens avant qu’ils ne deviennent parents ? Quand j’y pense, j’ai envie de pleurer. Je suis triste, affligée parce que la normalité je saurais JAMAIS ce que c’est. Avoir un appartement, une chambre, un père, une mère, un frère. Manger ensemble à table, partir en vacances, aller au cinéma en famille. Ce sont des choses que je ne connaîtrai pas jusqu’au jour où je fonderai ma propre famille, avec un homme que j’aime et une situation stable. Pourquoi les gens font des enfants si c’est pour les laisser, se barrer à l’autre bout du monde et refaire une autre famille ? Pourquoi ma mère m’appelle « trésor » et « chérie » alors que de toute ma vie, on est jamais allées au cinéma ensemble, ne serait-ce qu’une fois ? Et pire, pourquoi a-t-elle décidé de refaire la même erreur en accouchant de mon frère ? Je crois avoir entendu une discussion un jour, apparemment c’était pour encourager son père à arrêter l’alcool.

Ca me met hors de moi, c’est quoi ces cons qui s’en foutent de ce que peut être un humain. Je vais pas vous raconter dans quelles conditions matérielles on vit, mais mon frère vit comme un étranger, un visiteur de passage chez moi. Ca me tue qu’il fasse venir ses copains pour avoir un semblant de normalité, alors que chez nous, c’est très loin d’être comme chez les autres. Je n’ai jamais fait venir mes amis chez moi, parce que ce n’est comme chez personne.

Je veux bien que les parents se séparent, c’est normal. Mais ma mère gagne à peine le smic, je n’ai jamais eu de pension alimentaire et de père, j’en ai jamais eu. Alors ça me tue de devoir remplir ces putain de papiers pour me rappeler à quel point ma famille n’en est pas une. Il est inutile d’en parler à ma mère, ça ne fait que m’énerver, que de voir ce tas larvique me balancer des choses telles que « ton père ne t’as pas reconnu » comme si c’était la chose la plus normale qu’il soit.

J’avais commencé à relativiser sur elle, à regretter toutes les choses horribles que j’ai pu dire à son propos, mais finalement, je pense qu’il y a une part d’elle qui relève réellement de la connerie. Qu’est-ce qui lui a pris de faire un enfant si c’était pour le priver consciemment d’un père, d’un foyer structuré, d’une vie normale ? Je sais que ma situation n'est pas la pire. Quand j'vois les enfants de roms, ça m'hallucine. Ils sont enfants, encore un peu insouciant, mais après... ? Ils ne vont pas à l'école par peur de l'expulsion, donc ils sont condamnés à vivre dans la clandestinité, l'illétrisme et la mendicité. Les parents n'en ont donc rien à foutre ou quoi ? Qu'est-ce qu'ils pensent lorsqu'ils couchent ensemble ? "Un bébé, ce sera plus rentable quand on ira mendier" ? C'est pas possible, c'est même pas humain.

Vous ne savez pas comment je vis tous les jours, et je vous le dit : ce n’est pas normal. J’en ai rien à foutre que tout le monde puisse lire ce que j’écris aujourd’hui, qu’ils en tirent des conclusions hâtives, ou que ce sont des choses qu’ils n’ont pas à savoir. Mais je le dis aujourd’hui, pour tout ceux qui me sous-estiment et qui ne savent rien de moi : ce que je suis aujourd’hui, je ne le dois pas à ma famille. Alors toute ma façon d’être, je l’ai développé SEULE en apprenant SEULE en allant voir la normalité ailleurs, que ce soit dans les foyers de mes amis ou à l’école. Je ne dois rien à ma mère, ni à mon père, si ce n’est que du fric et de la bouffe. Alors non, je suis pas la science infuse, mais je n'ai pas honte de dire que je suis fière de la personne que je suis devenue et peu de gens se seraient aussi bien débrouillé. Seulement, je n'y arrive plus. Je suis comme une enfant sauvage qui imite pour s'intégrer, mais je ne me trouve pas. Je suis l'enfant de personne, alors je suis personne. J'aurais beau faire le maximum pour que ma condition familiale soit normale, elle ne l'est pas. Comment alors peut-on fonder une famille si on a qu'une idée abstraite de ce que c'est ? Comment puis-je entrevoir un avenir si mon passé n'existe que par ma construction maladroite ? Je ne sais pas qui je suis parce que la personne que je devrais être n'existe pas, mais celle qui vous écrit n'est que le fruit de mes fantasmes de normalité. Je ne suis qu'une illusion que je me suis donnée.

10 févr. 2012

Mon frère

Je crois que mon petit frère est un génie, je savais pas mais il a 20 en maths et s'est inscrit à l'association sportive de danse au collège. Je le trouve extraordinairement mature pour ses 11 ans. Il est très loin des petits frères ultra chiants, je pense que c'est une des personnes les plus gentilles et serviables que j'ai pu connaître dans ma vie. Il est doté d'une sensibilité rare chez les garçons de son âge et quand il m'a parlé de la danse, j'étais trop heureuse de savoir qu'il ne feraient pas partie de ces mecs qui pensent que c'est une activité de pd. Je pense qu'il est capable de grandes choses, je regrette juste que ma mère ne s'en aperçoive absolument pas et qu'elle refuse d'investir et de s'investir plus que ça, la flemme accompagnée de peu de moyens financiers gâche vraiment les talents de mon frère, j'en suis persuadée.

La solitude et la tristesse a sûrement développé cette maturité et ce recul qu'il peut avoir par rapport à la vie. Dans diverses occasions, j'ai pu voir qu'il fantasmait sur une famille normale, comme moi. Le genre de famille qui va faire des promenades dans le bois le week end, où il y a un papa qui nous apprend à faire du vélo et une maman qui fait des gâteaux. Chez nous, y'a rien de tout ça. Le week end, c'est télé. Un papa, j'en ai pas eu, quand au sien, c'est un mec qui préfère offrir des fringues à sa maîtresse plutôt qu'un truc à son fils pour Noël. Moi j'ai du mépris et j'en veux à ma mère de nous avoir donné la vie dans un tel contexte familial, mais lui, non, il a seulement de la tristesse. Il passe sa vie à soupirer, à s'ennuyer de tout, parce qu'il ne peut rien faire et que l'école est trop facile pour lui.

Il est tellement désillusionné que ça me surprend encore. Il n'a même pas douze ans et a déjà perdu la foi en tout ce qui pouvait être divin, ou imaginaire. Dieu, Bouddha, il s'en moque. "Maman prie tous les jours et... Voilà quoi, t'as vu comme on est. Y'a rien."

Mais même désillusionné par la vie, paradoxalement, il est enthousiaste par rapport aux choses qu'il peut apprendre. L'autre jour, je lui demandais quelle était sa matière préférée, il m'a dit qu'il aimait tout, même l'art plastique, seule matière où il ne brille pas parce qu'il paraît qu'il manque de confiance en lui. C'est dingue d'être aussi ouvert d'esprit et humble. Enfin moi, je trouve.

Vous voyez les génies du violon sur Youtube ? Mon frère aurait pu en faire partie si seulement il était né ailleurs.

19 nov. 2011

Marry to the night

Je commence à réaliser à quel point j'ai pu être ingrate, par rapport à ma mère. Tout ce que j'ai pu raconter sur elle alors qu'au fond, je pense qu'elle m'aime un minimum, malgré son comportement parfois foireux.

En fait, j'ai toujours critiqué sa façon de m'aimer : me combler matériellement, sans me prêter une once d'affection. Il aurait fallu replacer ça dans le contexte de sa vie. Ma grand mère, ma mère et mon oncle ont fui le pays suite à la guerre et au communisme. Mais quand ils étaient là bas, ma mère et mon oncle ont grandi dans la misère, comme je l'ai dit précédemment, ma mère n'avait même pas assez à quelques bonbons, elle arrêta l'école en CM2, mon oncle est né dans la rue et ma grand mère se défonçait (elle a été cuisinière, domestique, etc) pour donner le max à ses enfants. Vous savez, je me sens coupable de me dire tout le temps "PUTAIN ELLE ME SOULE CETTE MEUF UN TRUC DE OUF" alors que derrière, c'est une femme extrêmement courageuse et qui a surmonté les pires choses de la vie. Pourtant, elle dort à quelques mètres de moi, tranquillement, comme s'il ne s'était rien passé. Je trouve ça extraordinaire.

Donc, revenons à ma mère. Elle a donc grandi dans la misère, et elle partage son amour car elle fait tout pour m'épargner tout ce qu'elle a pu vivre. C'est pour ça que j'ai presque tout ce que je veux en claquant des doigts, malgré son maigre salaire. Elle se débrouille, pour que mon frère et moi, ayons une vie sans manque. On se rend jamais compte de ça, quand on nait dedans. Pour nous, il est "évident" d'avoir un toit, des fringues, à bouffer, alors c'est pour ça que j'ai pas spontanément un sentiment de reconnaissance. Pour moi c'est le "minimum syndical" alors que c'est pas du tout le cas, dans le monde. 

Je l'avais jamais compris, malgré les "Mais pourquoi tu pleures ? Maman t'achète tout ce que tu veux !" de ma grand mère qui tentait de me consoler, j'avais mal compris le sens de ces propos, et je pensais juste que ma mère voulait acheter mes sentiments via le confort matériel, alors que c'était pas ça. C'était juste que j'étais aveugle face à son dévouement. 

Concernant l'affection, étant française dans ma tête, j'ai toujours ressenti un manque, mais je pense pas que c'est pas que ma mère veut pas, mais qu'elle travaille beaucoup, qu'elle est très fatiguée et surtout assez déprimée. J'ai relié ça à la culture vietnamienne, aussi, mais ça ne voulait rien dire parce que quand je regarde les cassettes de mes anniversaires, je la vois belle, souriante et aimante. Quand on ne s'aime plus, on ne peut plus montrer aux autres qu'on les aime, c'est normal. Je ne devrais pas lui en vouloir, c'est pas de sa faute. Je sais qu'elle m'aime, faut que j'me calme.

Et d'abord, ces temps-ci, elle est beaucoup plus attentive qu'avant. Je crois qu'elle sait que ça ne va pas en ce moment. Je sais pas comment... Ca doit être le secret des mamans. Elle me demande tout le temps si je vais bien, et des fois elle passe me voir devant l'ordi et me fait un bisou sur le haut du crâne en me caressant les cheveux. Comme si elle voulait me réconforter en silence. Je pense qu'elle veut savoir ce qu'il m'arrive, mais quand je rentre chez moi bouleversée, elle n'ose rien faire d'autre que se taire. Elle a raison. J'ai pas envie de lui parler de tous mes malheurs, elle en a déjà assez avec les siens. Je trouve que c'est bien comme ça. Chacun sa vie.

En écrivant cet article j'ai lâché quelques ptites larmes. Je sais pas pourquoi.

15 nov. 2011

Ma vie de viet.


C'était dingue quand la vie était rythmée que par les dessins animés, n'empêche.
En fait je cherche le nom d'une sorte d'huile verte que les asiatiques utilisent quand on est malade et je suis tombée sur un groupe facebook qui m'a fait assez rigoler et sur lequel je voudrais revenir, et accessoirement raconter ma vie !

2. Tu kiffes le Maggi
Je me souviens qu'une fois, ma meilleure amie de primaire, qui s'appelle Sarah, était venue manger chez moi, et je crois qu'il y avait de la viande et du riz au menu. Au final, elle avait tellement kiffé le maggi qu'elle avait bouffé que du riz et du maggi et quand j'étais venue chez elle, elle avait un délire genre 3 bouteilles, genre révélation culinaire de sa vie quoi. J'ai trouvé ça marrant qu'elle découvre ça grâce à moi alors que c'était dans ma vie depuis ma naissance (ok on parle toujours d'une sauce).

11. Les enfants ne dorment jamais avant minuit même les jours d'école !
Alors ça, trop trop trop faux. Je me rappelle qu'EXCEPTIONNELLEMENT, j'avais le droit de me coucher GRAVE tard pour regarder la finale de la Star Academy 1 (qui se finissait largement avant minuit, donc). Pour moi c'était un truc de malade, genre comme si j'avais fait une nuit blanche.

25. Nos parents ne s’entrelacent jamais comme les français !
26. Nos parents ne s’embrassent jamais
87. vous n'avez jamais embrassez vos parents
Ca c'est vrai. Donc j'me dis qu'au final, ce que je prends comme un manque d'affection de ma mère, c'est peut être juste culturel, étant donné que je me considère comme étant entièrement française. Faudrait que j'y repense vraiment, un jour.

35. Ta mère a eu avant la coupe permanente frisée !
Je regarde de temps en temps les cassettes de mes anniversaires. Franchement elle était jolie avec !

40. Tu sais danser le « madison » pour les mariages asiat' ou tu ne sais pas du tout danser
Nan mais là, j'ai rigolé TOUTE SEULE devant l'ordi parce que c'est trop vrai. D'ailleurs c'est ce que ma grand mère me reproche toujours (à chaque fois que je sors le soir, en fait). "Pfff j'sais même pas où tu vas, tu sais même pas danser !".


49. Nos parents voulaient aussi qu'on fasse un bac S avec option Allemand et qu'on soit médecin plus tard
Ce qui explique mon inscription en sixième en allemand, langue que j'ai laissé tomber en an après parce que... J'y arrivais plus quoi, mdr. Quand ma mère a vu mes notes en maths, elle a compris. Par contre, ma grand mère moyen. Elle persiste toujours pour que je bosse dans les finances (avec une de mes tantes) ou l'informatique (avec mon cousin).

57. Vos parents aiment vous comparer aux enfants de leurs amis
Avec ma cousine, ça rate pas. Ma grand mère passe ses JOURNEES à me demander "Pourquoi Eli elle fait ça et pas toi ? Pourquoi Eli elle travaille en même temps que ses études et pas toi ? Pourquoi tu ferais pas les même études qu'Eli ? Pourquoi tu ferais pas le même travail qu'Eli ? Pourquoi tu travaillerais pas avec Eli ?"
Je craque (sinon j'avoue que ma cousine a été une grande source d'inspiration pour moi, c'est notamment grâce à elle que j'ai basculé du côté rock, sinon à l'heure où nous sommes, je serais en train d'écouter Colonel Reyel, no fake).

62. vous connaissez surement le durian
Je comprends pas les descriptions qu'on peut trouver sur google, comme quoi ça a l'odeur d'un cadavre pourri ou je sais pas quoi ! Pour moi ça sent trop pas fort... En tout cas, pour ceux qui connaissent pas, faut goûter ! C'est crémeux et tout, je kiffe. Enfin même si ça a une apparence un peu bizarre pour les occidentaux.


68. vous n'avez pas de poils, tout court.
C'est parce que tout est concentré là où ça fait le plus mal d'épiler. Oui, vous avez compris.

74. Vos parents s'attendent a ce que vous soyez ami avec n'importe quel asiatique dans la rue

Nan mais pire. Je me souviens qu'en maternelle, j'étais limite forcée à jouer avec une ptite asiatique. Et la plus grande joie de ma grand mère, c'est qu'une de mes meilleures amies soit à moitié cambodgienne. D'ailleurs elle connait toujours pas son prénom. Chez moi, Delphine c'est "la petite cambodgienne" (ouais je sais que je te l'ai jamais dit mais maintenant tu sais mdr).

84. vos oncles et tantes vous ramènent des habits d'Asie, généralement rose fuchsias, orange fluo, et la très populaire couleur citron vert acide.
POURQUOI ????

85. vos parents veulent que vous vous marriez dans votre ethnie.
Absolument pas. Je crois que le jour où je sors avec un vietnamien, ma grand mère le découpe à coup de couteau de boucher (mon ex compte pas, il l'était qu'à moitié). Je crois qu'elle pense que les vietnamiens sont des hommes un peu plus connard que les autres hommes, même. Une idée qui vient sûrement de mon grand père qu'elle a quitté à 23 ans pour ne plus jamais revivre aucune histoire avec aucun autre homme. V'la le traumatisme quand même !

89. Votre éducation sexuelle s'est faite sans les explication de vos parents
Qu'aurais-je fait sans Doctissimo et les copines ? Ma mère n'a même pas voulu m'acheter de Ken (donc je finissais par construire des histoires de Barbies lesbiennes), et c'était même pas la peine de demander le Guide du Zizi Sexuel que TOUT LE MONDE A et que j'ai toujours voulu lire. Enfin, un jour elle m'a offert un truc sur le Corps parce qu'elle m'encourageait à devenir médecin (la désillusion n'était pas encore arriver haha). J'ai alors appris que le zizi se mettait en érection (je pensais que c'est nous qui devions l'introduire nous même, tout mou, dans la zezette), j'ai eu un peu de mal avec ce concept, quand même.

94. Et chacun d'entre eux [oncles et tantes] est référé par au moins trois nom selon votre position dans le cercle familial/générationnel.
Mes potes me prennent pour une dingue quand j'essaie de leur expliquer que j'appelle mes oncles et mes tantes par un numéro (selon leur ordre de naissance).

98. Vous ne recevez rien si vous assurez a l'école, mais une claque si vous déconnez.
Ptet pour ça aussi que j'ai l'impression que ma mère s'en fout de moi (pcq je déconne jamais) et n'a aucune fierté. 

99. Lorsque vous allez chez quelqu'un, vous vous devez d'amener un cadeau.
Je me rappelle quand ma mère me passait une bouteille de champagne quand j'allais dormir chez une pote (à un nouvel an, surtout), ou à une soirée (une autre soirée de nouvel an). Au final c'était nous qui la buvions. Je crois que maintenant ma mère a capté que c'était plus la peine, au bout de la millième fois que j'vais chez un pote.

100. vos parents vous ont acheté des vêtements de la taille au dessus pour qu'ils "vous aillent parfaitement dans quelques années"
Putain nan mais alors ça, je pensais que c'était juste ma mère qui le faisait par pure radinerie. Du coup, ça a été un des traumatismes de mon enfance : les vêtements trop grands. Surtout les pulls. Choquée. 

106. votre famille ont des couteaux de boucher plus gros que votre tête
Surtout pour couper les couilles au premier mec qui conviendrait pas à ma grand mère.

121. ce qui est gratuit, vous prenez. même les sacs en plastiques. surtout s’ils sont grands.
Je ne compte plus les sac Tang Frères chez moi. J'ai toujours été choquée par la pollution que ça pouvait engendrer mais j'ai arrêté de m'y opposer depuis longtemps. Par contre les trucs gratuits, j'avoue j'abuse. Jeremy pense que c'est une manie chez moi mais c'est pas vrai, C'EST DANS MA NATURE HAHA.

153. Si jamais tu te fais faire un tatouage ou un piercing, t'es passé du côté obscur de la force (t'es un délinquant).
TROP VRAI. D'où le fait que je cache mon deuxième trou du lobe à ma mère. Elle l'a découvert genre 3 mois plus tard et elle m'a dit qu'elle se sentait triste que je désobéisse ainsi. Genre comme si j'avais brûlé une voiture.

156. Tes plats préférés sont le riz loc lac et le pho
Rien que d'y penser, j'ai la dalle putain (mais depuis ce soir, j'arrive plus à manger, je sais pas pourquoi. Je suis même allée vérifier que mon croque monsieur était pas périmé. J'suis physiquement dégoûtée par la nourriture ALORS QUE J'AI FAIM).

158. tu connais Vu linh et Linda "Cheng Dai" 

C'était mon idole. Avant qu'elle se fasse refaire le nez.



159. Contre tous les maux (migraine, entorse, maux de ventre) on te met vao sanh (l'huile verte)
160. et quand t'es vraiment malade on te gratte le dos avec cette même huile et une pièce
Ouais mais justement vao sanh ça doit pas être la bonne orthographe parce que je trouve rien sur google -___-. Et pour le grattage avec la pièce, JAMAIS !! Ca fait SUPER mal, c'est abusé. Même à l'agonie, j'ai toujours refusé. Sérieux ça déchire, je sais pas comment faisaient les autres. En plus ça laisse des bet de traces rouges.

193. Quand personne ne sait écrire et/ou dire ton prénom
Un euphémisme.

2 nov. 2011

Hey girl, whatcha doing ? Hey girl, where you going ?

Avant hier, entre larmes et sanglots, j'ai vécu une nuit qui m'a bouleversée, maintenant je crois que j'entre (ou que je suis en plein dans) une période chaotique de ma vie psychologique. 

A part ça, j'ai plus envie de mec, fini les regards sensuels dans le métro au BoGoss que seul le moche derrière remarque (je lol), les fantasmes sur les amours en mode Titanic ou Moulin Rouge, les histoires d'homme de ma vie ou trucs comme ça. J'y renonce. L'amour fait bien trop souffrir pour que je recommence, il a perdu tous ses charmes. On s'en fout mais je me le signale quand même pour que je m'en rappelle le jour où je voudrais retomber amoureuse, pour que le souvenir de la souffrance revienne à la lecture de ces mots. Attention, future Tanane !! Il a une copine désormais, il dit que c'est mieux pour qu'on s'oublie. Il a raison. Et malgré ce qu'il peut dire, pour moi tout se fini là.

Bref, quoiqu'il en soit, je suis allée chez ma grand mère paternelle hier et elle m'a fait un petit speech sur le fait que j'avais une famille pour m'aider, et que je ne serai jamais toute seule. Avant, je les prenais pour des exemples d'hypocrisie vénère mais étant dans une période fragile, je me suis laissée émouvoir et je me suis interrogée sur mon hypothétique vie, si j'avais vécu avec mon père. Serait-il parti en Australie avec moi ? Et puis ça aurait été une toute autre ambiance, du côté de mon père, il s'agit de gens éduqués, avec le "sens de la famille" (peut être du au nombre, j'ai 7 oncles et tantes) contrairement à mon milieu actuel rempli de sordides secrets de famille (que je ne connais pas)... J'ai d'assez bons souvenirs avec particulièrement trois de mes tantes, une qui parle sept langues, qui avait l'habitude de me donner quelques uns de ses bijoux et qui m'emmenait au cinéma, une qui avait une chienne que j'adorais et une qui habitait, selon moi, dans un château. Mais je crois juste que c'était une très grande maison en banlieue, en fait. Bref, je suis en mode Mr Nobody mais c'est vrai que c'est curieux de constater la différence entre mes deux familles.

Et puis sinon, j'ai décidé d'accepter ma solitude. Il parait qu'elle est "normale" mais que moi, je me trouve beaucoup trop seule à cause de ma carence affective, alors j'essaie de me mettre à la norme, j'essaie de me dire que c'est normal de ne pas avoir un truc à faire tous les week end, ou après les cours, que c'est normal de se promener sans but dans la rue et que je ne suis pas aussi seule que je peux le penser. Entre les "Je serai toujours là pour toi" d'une personne qu'il n'est plus la peine de mentionner et les discours familiaux de ma grand mère paternelle, faut que j'arrête de penser que je suis toute seule dans ma vie merdique (j'ai à manger, des fringues et une éducation, mais ça ne suffit pas pour être heureux).

Et j'ai commencé The New Girl avec Zooey Deschanel. Je trouve ça dommage qu'elle joue toujours les même rôles... La série est sympa, mais sans plus.