"C'est le genre d'interview qui pourrait lancer ta carrière de journaliste."
- Un de mes supérieurs, il y a quelques heures.
Je bosse pour Ragemag depuis quelques mois en temps que secrétaire de rédaction, bénévolement. Ca me prend pas énormément de temps par semaine et j'apporte ma pierre pour la construction d'une certaine vision du journalisme, que je partage, tout en me cultivant constamment (moi qui ne connaissais rien à la situation politique de la Thaïlande...).
Il y a quelques temps, le rédacteur en chef, après concertation avec le reste de la hiérarchie, m'a proposé d'écrire. Toujours partante, j'ai accepté. Résultat : lundi, je pars à l'aventure dans les locaux de la rédaction d'un magazine que vous connaissez très certainement. Je ne suis pas sûre de pouvoir publiquement en parler avant la publication de l'interview, donc je ne préciserai pas de magazine il s'agit pour le moment. J'ai eu au téléphone le journaliste qui m'accompagnera. Un poids lourd qui a des années de journalisme derrière lui et un name-dropping qui va avec son expérience. Bon, je crois qu'il est censé être là pour me rassurer, "ne pas laisser l'interviewé me bullshiter" comme il dit, mais bon, ça me rajoute aussi plus de pression : on va me juger sur mes capacités.
Travailler chez Ragemag, c'est plutôt épanouissant. J'ai un peu le sentiment d'être une imposture parce qu'on me complimente assez régulièrement sur mon travail. Pour l'anecdote, c'état tellement flatteur que je pensais le commentaire ironique et je me suis même excusé en demandant ce qui n'allait pas. Ridicule. Bref : ils sont très satisfaits de mon travail et apprécient ma personnalité. Paraît que c'est le type qu'ils cherchent du côté de la rédaction, et c'est pourquoi ils m'ont proposé d'écrire.
Je ne sais pas très bien comment le vivre. Je suis heureuse d'avoir de telles opportunités et flattée de sentir mon travail considéré, mais à côté, j'ai aussi le sentiment d'être une sorte d'imposture. J'ai peur qu'ils se rendent compte un jour qu'ils s'étaient trompé à mon égard et qu'ils m'ont surestimée. Ouais, voilà, j'ai le sentiment d'être surestimée, en fait. De ce que j'ai vécu, je ne me suis jamais sentie à l'aise dans le milieu professionnel et pragmatique (c'est pourquoi je pense de plus en plus à continuer dans le milieu universitaire en faisant de la recherche, plus tard). Je veux dire qu'en stage, on a jamais manifesté une réelle satisfaction (et ça se voit lors de l'évaluation). En même temps, j'étais en com dans une institution publique. La com. J'ai fait mes études en pensant que j'allais bosser dedans mais en fin de compte, je me sens beaucoup plus à l'aise dans le milieu journalistique. Davantage de connaissance du milieu et un intérêt grandissant.
"Je te vois TROP journaliste"
Mes potes me répètent souvent ça. Surtout celle avec qui je suis en permanence, en cours. Je crois qu'au fond, personne ne comprend pourquoi je m'obstine à penser que je vais bosser dans la com tellement ma vocation journalistique est forte. Cela dit, je ne me suis pas inscrite aux concours d'écoles de journalisme parce que j'ai vraiment pas envie de faire un master de journalisme l'année prochaine. Je crois que ce type d'études est trop conditionné aux médias traditionnels et ce n'est pas ce que j'ai envie de faire. Je n'ai ni envie de courir après l'information, ni être polyvalente et être autant incollable en géopolitique qu'en sport.
Je vais pas développer parce que ça va faire trop dissert, mais je suis pour un journalisme de fond. Celui qui explique, qui développe, qui fait réflechir, qui informe au sens de cultiver. Un journalisme de spécialiste, en somme. Je sais pas si vous voyez ce que je veux dire. Je crois qu'au fond, même si j'ai théoriquement renoncé à être journaliste, j'ai profondément envie d'écrire pour être lue et de me situer dans une perspective de démocratisation des enjeux sociétaux. Je crois qu'inconsciemment, c'est pour ça que j'ai envie d'un master de recherche. Pas pour faire de la recherche en fait, mais pour apprendre à réflechir, et non apprendre à faire. Apprendre à faire, on l'apprend sur le tas. Je veux dire qu'on apprend pas à faire un flan en lisant la recette sur marmiton.org mais en exécutant la recette, nan ? Bah là c'est la même chose pour mes études.
Tout ça pour dire que je sais pas quoi faire de ma vie professionnelle.



