29 déc. 2013

"We accept the love we think we deserve"

Aujourd'hui, c'est approximativement l'anniversaire de ma rupture, à un jour près, je ne m'en souviens plus très bien.

Je pense que l'année qui vient de s'écouler est la plus riche que j'ai vécu jusqu'ici, dans ma vie.

Aujourd'hui, j'ai pleuré dans mon lit. Je me suis remémoré la relation que j'avais avec Jeremy. J'ai l'habitude de la considérer comme un souvenir lointain. Psychologiquement, cela fait vingt ans que j'en suis sortie. Aujourd'hui, cette blessure n'a jamais été aussi vive. Etant en excellents termes avec lui, je lui en ai parlé. Terrain glissant. A chaque fois qu'on aborde notre relation, il se sent toujours obligé d'affirmer que de toute façon, tout était de ma faute, d'une façon ou d'une autre. A propos de sa relation actuelle, il déclare même : "Dans cinq jours, ça va faire un an et zero problème". Ca me met dans un état indescriptible : 1) Le mec s'est remis en couple une semaine après m'avoir quitté, après 4 ans de relation. 2) Ce n'est pas de ma faute. CE N'EST PAS DE MA FAUTE. Il met la responsabilité de l'échec sur mon attitude, mais il ne s'est jamais dit que mon attitude était liée à son égoïsme, sa lâcheté et son instabilité. 3) Comment ai-je pu rester autant de temps avec quelqu'un qui ne me méritait pas ?

Même lui le reconnait. Dans ses heures d'ébriété, il m'appelle et pleure : "tu m'as tout donné alors que je méritais rien". Il fait semblant de ne pas s'en souvenir le lendemain. Je sais que ses démons le rattrapent quand il se relâche. Quand il n'a plus la force de faire l'effort d'être dans le déni. Aujourd'hui, même les garçons de passage me traitent mieux que lui. Celui d'en ce moment me propose de l'accompagner faire les courses de Noël, m'emmène aux resto "qu'il faut trop qu'on teste !" et me prépare mon petit déjeuner, même si ce n'est qu'un bol de smacks trésor avec du lait. Ca peut paraître futile, mais ce genre d'attentions correspond à un enthousiasme lié au plaisir de ma compagnie, c'est à dire quelque chose que mon ex n'a jamais exprimé. Je n'ai aucun souvenir de lui exprimant le désir de faire quelque chose de spécial avec moi. Le max, c'était ptet l'accompagner acheter du pain. Tout ce qu'on a vécu durant notre relation, tous les lieux qu'on a visité, toutes les activités qu'on a pu faire, venaient de mon initiative. Et je ne m'en suis jamais rendue compte, parce que j'étais dans l'illusion de la première année de la relation où on ne faisait que manifester l'envie de construire quelque chose ensemble. Envie qui s'est en réalité rapidement dissipée sans que je ne m'en aperçoive. Faut tilter quand même : mes plans fesses me traitent et considèrent mieux que mon ex de 4 ans.  

Plein de gens pensent que c'est une chance pour moi d'avoir eu une relation de longue durée si jeune (15-19 ans). Pourtant, plus j'y repense, plus je regrette. Je pense que je conserverai des séquelles psychologiques à vie. Seuls ceux qui m'ont lue pendant cette période peuvent avoir l'idée de la souffrance que je ressentais en permanence. Une relation pénible que je m'en veux d'avoir vécu, parce qu'elle m'a dégradée et affaibli, et surtout parce que j'ai accordé la plus grande importance du monde à quelqu'un qui ne me considérait pas bien. 

Il y a un an, je suis sortie (ou disons qu'il m'a expulsé) de la relation dévastée. En miettes. Littéralement, une grosse merde. Aucune confiance, aucun avenir, aucune perspective, aucun secours. Je ne savais plus quoi faire de mon existence, alors j'ai décidé de vivre, de casser les barrières que j'avais planté pour éviter la décadence. Ladite décadence est ce qui m'a ressuscitée. J'ai annihilé mes peurs et mes appréhensions. J'ai commencé par retrouver mon pouvoir de séduction avec quelques mois de relation "de passage" avec wannabe énarque, puis j'ai enchaîné avec tellement d'autres mecs que mes potes leur attribuent des surnoms pour pas se perdre dans les prénoms. J'ai continué en bravant mes peurs de la nuit et de la fête. Ce monde de superficialités est devenu monde d'enivrements. Cette année, j'étais à la reconquête de moi même. Durant l'adolescence, là où on se construit, je m'étais perdue en route. Maintenant, mes anciennes connaissances m'acceptent ou me désapprouvent, ça ne changera rien à mon identité. Elle est quelque chose qui s'est naturellement mais très rapidement bâtie et je la revendique. Je n'ai plus peur d'être ce que je suis ou qu'on me fasse du mal. Je n'ai plus honte d'être ce que je suis, parce que sortie de cette relaiton, personne n'a le pouvoir de me rabaisser ni de m'humilier en reportant ses propres erreurs sur moi. 

Je suis plus heureuse comme ça, sans attaches. Pas que je consomme les hommes ou que je bois comme un trou, non. Je me considère plutôt comme hédoniste. J'ai fait des rencontres très intéressantes, j'ai lié de nouvelles amitiés (tout en conservant les meilleures de ma vie d'avant) et j'ai mangé sans retenue. Ah oui, avant j'étais en régime en permanence dans l'idée de rester désirable. Aujourd'hui, j'ai arrêté de me restreindre inutilement, je vais au restaurant dès que l'occasion se présente et d'après les archives de ma messagerie, je n'ai jamais été aussi désirable. Pire : bien dans ma peau. 

Pourtant, la pensée de moi-même m'acceptant dans l'humiliation, la soumission et la violence des mensonges me tue. Je n'arrive pas à accepter mon passé, ni à accepter ma décision de rester avec lui alors que notre relation, quelqu'en soient les apparences, n'étaient que tumultes et mensonges. C'est le seul point que je n'arrive pas à régler.

12 déc. 2013

A man will make you need him just to prove how unattached to you he is (@Cakesdakilla)

Ce soir, réunion IRL avec la rédaction du magazine online pour lequel je bosse depuis quelques temps. Le rédac chef me fait : « et toi sinon, tu viens d'où déjà ? ». Géographiquement parlant ? Scolairement parlant ? « Masterisement parlant ! ». Je suis encore en licence. « Ah ouais d'accord. Je pensais pas. » Bah pourquoi ? « Je sais pas, j'aurais pas osé, moi en licence. » Bah pourquoi ? (bis) « J'aurais pas pu aller postuler dans un magazine comme ça, je suis personne ! »

Bon. Je l'ai bien pris sur le coup, parce que « bah c'est cool, ça montre que tu en veux ! ». Mais en liant ça avec quelques remarques de mes amiEs (ouais parce que ce délire n'est lié qu'à ma minuscule minorité de potes meufs, bizarrement), je savais plus vraiment me situer entre l'audace et la prétention. Concrètement, j'ai toujours fait ce que j’avais envie de faire, sans me poser de réelles barrières et sans me poser de questions préalables du type de "en suis-je capable ?" car je viens de me rendre compte qu'en fait, je m'estime capable de tout. Wow, je sais. Le choc.

Je suscite régulièrement de l'admiration chez mes amiEs, qui, du compliment, peut rapidement tourner à une relation malsaine et bizarre. Il y a un an, j'ai même dû me séparer de ma meilleure amie pour ça. Un jour, un texto : « J'me sens comme une merde à côté de toi. Mais t’inquiètes, c'est pas de ta faute si tu es si douée et talentueuse ». C’étaient des propos que je ne pouvais envisager dans une relation saine. Ce rapport de hiérarchie me gênait. Et elle aussi apparemment. Moi qui l’avais appelé dès que j'avais lu une super offre de stage... « Ah non mais je l'ai déjà vu la semaine dernière. » Pourquoi ne m'en a-t-elle pas informé ? « Parce que je voulais pas que tu aies le poste à ma place. » Ah, mais on a le même niveau d'études et tout... « Non mais t'es meilleure que moi, c'est tout ». Bam. 

« Naaaan arrête, elle t'as pas dit ça ??? » Bah si.
« En même temps, c'est une sorte de compliment, ça va. »
Ah, bah du coup, j'ai pas le droit de me plaindre.

Aujourd'hui, après avoir vécu ce type de relation et le malaise de ne pas pouvoir réellement en parler sans passer pour la meuf style "trop marre de ces gens qui m'envient, pfiou", j'essaie de rester au maximum loin des filles. Ça ne m'a jamais vraiment réussi, ce rapport de rivalité permanente basée sur rien du tout et dans lequel je ne rentre jamais. Et pourtant, dans le peu d'amitiés féminines qui me reste, je retrouve quelques morceaux. Dans ma promo, je traîne majoritairement avec une fille et un mec. Aucun souci avec le mec, même longueur d'ondes, tout ça. Et avec l'autre, ça commence par "Putain, comment tu travailles trop vite et efficacement, c'est fou." Haha t'inquiètes c'est de l'entraînement.

Puis le "Putain, mais t'es trop cultivée" du début d’année qui devient "Putain, mais t'es trop cultivée par rapport à moi." Elle installe une hiérarchie. Je lui dis que je ne suis au-dessus de personne, et ceci d'un ton sec. Je croyais qu'elle avait capté, mais là, la fille me sort : "Tu sais, les gens de la promo voient qui je suis seulement parce que je traîne avec toi." Malaise.

Et ce soir, une autre pote qui veut tenter les écoles de journalisme (dont celle dans laquelle je suis) me fait part de son manque de confiance en elle, à base de "j'me dis que je suis trop bête". Je la motive, lui suggère de revoir ses ambitions à la hausse, lui affirme que de toute façon, elle aura pas ses concours si elle est convaincue de n'en être pas capable et que de toute façon, on a eu la même formation pendant deux ans alors bon.

« Non mais tu comprends pas, toi t'avais déjà une culture générale de ouf en sortant du bac, moi j'ai rien, je connais rien, tu peux pas comprendre ».
Ah. Bon, du coup je lui dis qu'elle peut toujours compter sur le réseau !
« Quel réseau ? »
Bah celui du magazine, ici présent. Magazine dans lequel je l'avais ramené, une fois dans la team, en pensant que sa participation serait bénéfique pour son CV.
« Non mais je suis TROP asociale, j'arrive pas à parler aux gens et tout, j'ai pas le sens du contact comme toi »
Bon, d'accord. Sur le coup, j'ai pensé très fort des trucs pas sympas (style : putain mais elle veut pas VRAIMENT faire du journalisme, c’est pas possible). Mais avec le recul, je me pose de réelles questions quant à l'estime que ces filles m'accordent. J'ai peur, qu'au fond, elles me détestent d'être ce qu'elles aimeraient être (dans l’hypothétique mesure où elles aimeraient vraiment être comme moi, ce qui est difficile à vivre au quotidien quand même haha).

Et je me déteste de leur avoir véhiculé une telle image de moi.

J'ai encore un tas d'exemples comme ça, de remarques que je trouve bizarre voire déplacées, venant d'amiEs qui ont l'impression que je pourrais les écraser si on nous mettait face à face, parce que je pèse en intelligence, popularité, confiance ou que sais-je. Et pourtant, je crois que ce n'est pas l'impression globale que je donne : je n'ai jamais vécu de situations similaires avec mes amitiés masculines. Je ne sais plus comment gérer mes amiEs, j'ai l'impression qu'entre meufs, on n'arrête pas de se jauger et de se comparer aux autres filles, et je n'arrive pas à m'y faire parce que je ne le fais jamais. Bon, question d'orgueil ou pas, là n'est pas la question, mais dans ma vie, j'ai trop souvent l'impression que les filles se considèrent comme un satellite de moi-même au lieu de se considérer simplement comme un astre copain (belle image je sais). Ou peut-être que je traîne avec trop de filles qui n’ont pas confiance en elles, mais le même schéma se reproduit tellement souvent que je sais pas.

Par rapport à ce blog, j'ai souvent eu des commentaires du même style aussi, qui disaient, en gros, qu'on aimerait bien être comme moi.
Qu'est-ce qu'il y a de plus cool à être moi qu'à être quelqu'un d'autre ? A force de susciter autant de remarques, j'ai la désagréable sensation d'être une imposture ou de faire un show, jouer le rôle de la meuf trop stylée, alors que mis à part cette partie de mes relations sociales, je n'ai l'impression d'être autre chose que moi-même. Je sais pas si j'ai "trop" confiance en moi ou non, mais voilà, je n'ai jamais estimé que quelque chose était hors de ma portée. Enfin tout est à la portée de tout le monde. Le distingo se fait entre ceux qui posent leurs couilles sur la table ou pas, ceux qui sont curieux ou pas. Ces meufs sont-elles admiratives parce que je suis la copine qui leur affirme avec aplomb que « Non mais t'es ‘non mais’, c'est toi qui te les mets. Y'a pas de ‘non mais’, dans l'absolu » ? Ou me fréquentent-elles dans l’espoir de puiser dans la confiance que j’ai en moi ?

Confiance que j’ai d’ailleurs construite moi-même. Labeur.

Je crois qu’il faut que je revoie mon cercle social.
M’enfin, il finira évidemment par se regénérer lui-même puisque dans ma vie, les gens viennent et repartent (bien trop) rapidement. « Je peux pas continuer à fréquenter quelqu’un qui n’en a rien à foutre des autres » Salut, pas de regrets. « Parce que tu couches avec un autre type le lendemain quand je te demande de te voir moi et que tu me fous des vents depuis des semaines, c’est bon j’ai plus le temps » Tant pis.

Parfois, ils partent même sans rien dire. Et ça ne me fait plus grand-chose. C’est pas que j’en ai rien à foutre, mais je veux pas qu’on compte sur moi pour se sentir mieux dans sa peau. Je ne veux pas qu’une amitié soit basée sur le fait que je prenne des nouvelles ou pas. Si t’as un truc à annoncer, pourquoi t’attends que je te le demande ? Je ne veux pas non plus qu’on m’enferme dans une quelconque exclusivité, même si l’on me désire plus que tout (ok, autre domaine de discussion, mais je veux pas corrompre mon fil de pensées). Je n’appartiens à personne. Être mon ami, ce n’est pas m’avoir et encore moins me posséder. Et ça, même si je fais partie des amis les plus loyaux qu’on puisse avoir. Je me soucie du bien-être de mes amis (spécialement mes deux meilleurs amis) plus que n’importe quoi (plus que ma famille, plus que mes mecs, plus que mon sommeil puisque je réponds au téléphone à toute heure), et pourtant, j’ai peur de ceux qui attendent de moi des trucs.

Alors que je sais que je suis infaillible de ce côté-là.
Je sais pas pourquoi.

Mes deux meilleurs amis sont ceux qui ont toujours été là pour moi et qui m’ont soutenu à travers les années plus que n’importe qui. Je crois que la personne qui est la plus fière de moi à ce jour est le mec (ouais parce que j’ai une besta meuf et un besto mec) qui n’hésite pas à me le répéter quelques soient mes réussites et mes échecs. Pour la fille, j’ai toujours répété qu’elle était ma conscience. C’est mon garde-fou. Ma vie est déjà un peu le chaos, mais ça va. Si elle n’était pas là, j’ignore encore si je serais encore de ce monde. J’ai envie de pleurer lorsque j’écris ça. Je les aime tellement.

Mon article est totalement parti en couilles. Il est 2h38, bonne nuit.

PS : je matais tranquillement mes statistiques et je suis tombée sur cet article.
Presque exactement deux ans auparavant.
Comparez avec l'article d'aujourd'hui : je suis méconnaissable.

Sous le choc.

2 déc. 2013

This is what makes us girls

Bon, le lendemain de mon départ d'Adopteunmec, j'ai installé Tinder, la nouvelle appli de rencontres géolocalisées, un peu hype. J'ai tout de suite rencontré ce mec du Celsa (enfin ancien de l'école). Je venais de recevoir mes résultats au concours. 16 à l'écrit, 7 à l'oral. Je savais plus trop quoi penser de moi même. Il a proposé qu'on se voit, peut être pour en parler. Ou juste pour que les grands esprits se rencontrent. Je le stalke sur Google : peut être très utile à mon réseau professionnel. En plus, il a plutôt l'air très très beau. 

Parfait. 

A la sortie du métro, je le reconnais à peine, il ne dégage pas la même chose que sur ses photos. Pixellisé, il fait plutôt beau gosse roméo. En vrai, plutôt un peu intello, un peu timide, mais tout de même pas à jeter, au contraire.  Il m'a acheté mes bières préférées et du bon vin blanc. Une gamecube, et je suis heureuse. Doucement, il se rapproche. Je crois que je lui plais beaucoup. Aucune considération de ma part, ni une caresse ni un regard. Je réfléchis. Il faut que je sache ce que je suis en train de faire. Je ne veux rien regretter. Je n'y avais pas pensé, il avait l'air trop innocent pour imaginer cette configuration. Je sais qu'on ne se reverra probablement pas. Arrivé à un stade, je le repousse. Il me demande si je veux qu'il aille dormir sur le canapé. "Tu joues avec le feu là, meuf" j'me dis. Je cède, car comme on dit, "YOLO". C'était pas trop raisonnable, mais mon corps réclamait ses baisers. S'en suit une nuit de volupté comme je n'ai pas vécu depuis longtemps (en supposant que j'aie déjà vécu un truc pareil, ce dont je ne suis pas sûre). 

Au milieu de la nuit, le cul vissé sur la cuvette, pendant que je pissais, je me demandais "et demain ?". Demain est un autre jour. Au réveil, j'ai mangé une tranche de brioche, j'ai fumé une cigarette et je suis partie. J'ai donné mon corps, je l'ai repris et je suis partie, sans me retourner, ni même envoyer un SMS. Dans le métro, je m'aperçois que je n'ai jamais connu une évolution personnelle aussi rapide. En bientôt un an, j'ai atteint un niveau d'indépendance impressionnant. De phobique de l'abandon / dépendante affective, je suis passée à la meuf capable de passer la nuit une nuit intense et magique avec un inconnu et de repartir l'air de rien. J'ignore cependant si je suis plus heureuse comme ça. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, plus personne n'est essentiel à ma vie. Absolument personne n'a assez de pouvoir pour me faire du mal, ou même me bouleverser. C'est quelque chose dont je suis fière. Maintenant, il ne reste plus qu'à regagner mon humanité. Voilà, c'est la première fois que je me suis livrée à un quelqu'un que je ne reverrai pas. Je me suis dit qu'il fallait archiver ça.