Il y a quelques jours, c'était la fête des pères.
Je me sens toujours coupable de ne pas être attristée par la mort de mon père, et chaque "mais ça reste ton père !" me touchent encore. J'ai pas l'impression que beaucoup de gens me comprennent lorsque j'ose leur dire que je m'en fous de cet homme. Cet homme n'est pas mon père, quelque soit le lien sanguin qui pouvait nous unir.
Depuis dix huit ans, à chaque rentrée, à chaque cours, j'ai remplis cette putain de fiche d'informations sur les parents, non seulement en devant assumer le métier de ma mère (à moins qu'il ne fallait mettre "au chômage") mais aussi rayer tout ce qui concernant le père. Je me souviens que quand j'étais petite, j'avais du mal à le faire. Je le laissais vide, au cas où il reviendrait un jour. C'est bien la naïveté de l'enfant ça. Je sais même pas comment j'ai pu ESPERE qu'il revienne en France, puisque ça n'aurait rien changé à ma vie, je n'aurais toujours pas eu de père.
Aujourd'hui, c'est avec sang froid que je raye toutes informations concernant le père. Mais j'y pense encore systématiquement, puis je me demande comment aurait ma vie, ma vision du monde, si j'avais eu un nom, un prénom, un métier et un numéro de téléphone à mettre dans ces cases. Si j'aurais appris à faire du vélo, s'il aurait cassé la gueule de Jeremy, si je serais allée au cinéma avec lui. Si ma vie avait été différente, et si oui, à quel point.
Je ne souffre pas de son départ en Australie, de sa mort, et je m'en fous qu'il ai refait une famille là bas, d'avoir une demi-soeur que je ne connais pas et dont on m'annonce l'existence comme si c'était un détail. Je m'en fous de cet homme qui m'envoyait des lettres qu'il signait "ton papa" comme s'il y avait une quelconque valeur. Tout ce que j'aurais voulu, c'est la stabilité. Quelqu'un sur qui me reposer. Quelqu'un qui m'aimerait quoique je fasse, qui me soutiendrait dans tous mes projets. Entre ma mère qui ne sait même pas quelles études je fais et ma grand mère qui croit toujours que je vais finir à la banque ou informaticienne (calqué sur le modèle d'une de mes tantes qui habite dans un presque château et de mon cousin qui a une belle voiture), cet objectif ne sera jamais atteint.
Sans y voir un quelconque complexe d'Oedipe, je pense que mon copain est quasiment ma famille. Il s'occupe, se préoccupe de moi, me soutient, me connait, m'accepte, me pardonne et m'aime quoique je fasse. Ce que j'écris me fait pleurer. Si j'étais dans une famille standard, je l'aurais eu cet amour, mais aussi celui de ma mère, et celui d'un père. Un triple amour comme celui-ci, je n'ose même pas l'imaginer. Je suis comblée avec mon copain, mais je pense que je ressentirai toujours un manque, dans ma vie. Pas le manque de parents normaux, mais le manque de normalité. J'ai beau dire que je m'en fous, je pense que ce sera une blessure qui ne guérira jamais. Je continuerai d'avoir la peur maladive de l'abandon, inconsciemment.

4 commentaires:
Comme tu le sais, je comprends énormément ce que tu vis. Je me demande souvent quelle serait ma réaction si on m'annonçait son décès. Je crois que je pleurerai beaucoup, peut-être pas pour lui, sa personne je veux dire, mais juste le fait que "mon père soit mort", l'idée de me dire que je n'en aurais jamais eu.
La case "père", j'ai pris l'habitude de faire un trait dedans. C'est un automatisme...
Coucou, j'suis contente que tu réécrives de nouveau : ) Dooonc tkt t'es pas toute seule (cf l'article au-dessus).
J'peux entrapercevoir ce que tu écris ici. Jai perdu mon papa cette année mais cest bien différent de ton cas puisque je le connaissais et l'adorais (nempêche que la fête des pères, cest une grosse connerie... enfin même avant on la fêtait pas trop, il voulait jamais de cadeaux >< BREF)
Et je me heurte moi aussi cette année aux fameuses fiches administratives à la noix. C'est un peu couillon à remplir j'trouve... Le pire c'était au début du second semestre quand je n'avais plus d'adresse parce que mes soeurs m'ont viré du domicile de mon père et que je me suis retrouvée à squatter chez mn papy. Là, ça fait mal j'trouve.
Mais, la paperasse n'est pas toute la vie (Dieu soit loué!)
J'pense qu'il te manquera toujours cet amour en effet. Moi il me manque d'autant plus maintenant que je l'ai connu, paradoxalement. Mais c'est une grande chance d'avoir trouvé cette affection inconditionnelle à travers Jeremy. J'espère que votre histoire continuera pour longtemps à être si jolie, difficile parfois certes, mais toujours très belle et attachante.
Poutoux
Estelle.
Même si on se connaît pas, je suis désolée pour ton père.
Je sais pas quoi dire d'autre à part merci :)
J'ai perdu ma mère il y a huit ans (aujourd'hui pile). J'avais 11 ans et j'ai eu beaucoup de mal à laisser les cases vides. Après, j'ai mis "DCD" en pensant que peut être, ça passerait pour un nom de métier (comme PDG un peu). Maintenant, je le marque, j'en ris. Tu n'es pas la seule à en avoir rien à faire. J'ai connu ma mère, je l'ai aimée ; elle est morte. Mais pour moi, sa mort n'a pas été si importante. Elle a été une transition, mais pas un élément constitutif de ma vie. Ce n'était pas si grave. Des fois, je me demande si je ne suis pas un monstre...
Tout ça pour dire que je comprends :)
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