3 avr. 2014

Récap fin 2013

Ces derniers jours, je suis tombée sur deux articles de presse qui me concernent directement. Le premier est de Libération sur les expulsions et la fin de la trêve, le second est publié sur Rue89 et c'est le témoignage d'une femme qui parle de son beau père atteint d'un cancer qui ne trouve pas sa place au sein du système médical français. 

Ces deux articles résument assez bien ma vie ces derniers mois. Je crois que j'ai tout vécu sur le mode de la passivité, en attendant que ça passe ou en déléguant mes inquiétudes à ma mère. Je veux dire que c'est comme si je n'avais pas assisté à ma vie, ni à la mort de ma grand-mère, ni aux préoccupations liées à mon logement. 

Pour revenir au commencement : suite à des maux de têtes, les médecins ont détecté une tumeur au cerveau de ma grand mère il y a environ quatre ans. Pour une fois, je n'ai pas googlé, j'ai pas fouillé de fond en comble doctissimo. Je passais le bac, je ne voulais pas m'inquiéter. Je savais cependant que c'était plutôt grave mais je n'avais pas peur de la mort : ma grand mère est une battante. La guerre, la fuite, le viol, la violence, l'abandon, la misère : rien ne l'avait tué, alors pourquoi cette fois-ci ?

Vu que je vivais avec elle, je la voyais s'affaiblir. Depuis un ou deux ans, je m'étais alors préparée à son départ, bien que je ne supportais pas la façon dont la maladie et le traitement la changeait : elle perdait la tête, comme on dit. Je ne la reconnaissais plus, donc symboliquement, même si elle est décédée en novembre, cela fait déjà un moment qu'elle m'avait déjà quitté.

Puis ma mère aussi est tombée malade, elle a actuellement un cancer. L'hospitalisation de ma grand-mère se combina alors avec un arrêt de travail. L'état de ma grand-mère jugé "trop stable", "on ne peut plus la garder". Elle se destinait à la maison de retraite médicalisée, à savoir un truc à des milliers d'euros par mois (davantage qu'un mois de salaire de ma mère). "Heureusement", elle est décédée avant.

Quoiqu'il en soit, le loyer n'allait pas se payer seul, donc ma mère vivait avec la peur au ventre pendant des mois, parce qu'on allait être expulsés. Je savais absolument tout ça mais je m'y refusais d'y penser. J'en avais parlé à quelques amis, je sais que j'aurais eu des endroits où aller. Je suis d'une ignoble cruauté mais je ne me souciais pas du destin de ma mère, en partant du principe suivant : "tu n'es pas en mesure d'assurer un toit à tes enfants, pourquoi t'en as pondu deux ? Maintenant, tu te démmerdes" Je m'étais démmerdé, à elle d'assurer sa propre survie (nb : ça fait plus d'un an que j'assure moi-même toutes mes dépenses, même si mon assistante sociale m'a déjà conseillé de porter plainte pour négligence parce que ma mère refusait d'assurer mon alimentation. Elle ne me doit qu'un toit, et encore, c'est la première fois de sa vie étant donné que je vivais sous le toit de ma grand mère).

Pour ma mère, la mort de ma grand-mère signifiait ma naissance. D'un coup, elle se retrouvait avec une meuf de 20 ans à charge. Et direct, on a failli se retrouver SDF. Je peux pas imaginer qu'elle soit la fille de ma grand mère. Soit. Ca s'est réglé parce que mon oncle dispose de plusieurs appartements et qu'il a pu nous reloger (j'ai parlé de ma mère à mon médecin, elle adore la positionner en tant que victime genre "peu de gens qui ont vécu dans les mêmes circonstances que ta mère en serait là", sauf qu'elle est nulle part et que son frère, ayant vécu dans les mêmes circonstances qu'elle, se retrouve proprio et pété de thunes, cherchez l'erreur).

Me voilà reléguée en banlieue. Je ne me plains pas de ma situation, c'est largement moins pire que je ne le pensais (je souffrais davantage d'harcèlement de rue dans mon ancien quartier parisien qu'ici dans le 93). J'ai déménagé dès que possible, donc ça faisait deux mois que j'avais emménagé dans ce nouvel appart, seule. Ma mère est arrivée il y a environ deux semaines. Nous sommes discrètement partis de nos apparts respectifs dans la discrétion. Je ne suis pas sûre que quelqu'un remarquera mon départ, dans mon ancien immeuble, bien que j'y ai vécu 20 ans.

Pour ceux qui se posent la question de pourquoi on est pas dans un HLM : ma mère ne fait pas la demande en disant qu'on n'en aura pas. Tout comme j'ai raté une année de bourse parce qu'elle m'a découragé lorsque je voulais postuler en disant que je n'aurais rien (en vrai : je suis aujourd'hui à l'avant dernier plus haut échelon). Hashtag "ma mère", comme je le dis quotidiennement.

Je ne comprends toujours pas comment des personnes peuvent faire des enfants sans pouvoir les assumer, ni financièrement, ni psychologiquement. Je veux dire : what's the point ? Quel intérêt, quel bonheur trouve-t-on dans la reproduction si on n'est pas capable d'assurer le minimum (tant matériel qu'émotionnel) à ses enfants ? Je ne suis pas en colère. Disons que je me pose simplement ce type de questions.

9 commentaires:

Azé a dit…

Hello,

je viens de lire ton dernier post et je dois dire qu'à quelques exceptions, je suis dans le même genre de situation que toi. Et mine de rien, ça me rassure (je ne suis donc pas un cas isolée !)

Je n'ai malheureusement pas de réponse magique à t'apporter concernant le fait de faire des enfants et de ne pas assurer (dans ma culture ça se fait beaucoup, c'est très "bon bein on verra demain" du coup je trouve ça choquant et en même temps non, c'est bizarre :/).

Ceci dit, merci d'écrire dans ton blog, c'est toujours un plaisir de te lire ;)

Azé

Azé a dit…

Hello,

je viens de lire ton dernier post et je dois dire qu'à quelques exceptions, je suis dans le même genre de situation que toi. Et mine de rien, ça me rassure (je ne suis donc pas un cas isolée !)

Je n'ai malheureusement pas de réponse magique à t'apporter concernant le fait de faire des enfants et de ne pas assurer (dans ma culture ça se fait beaucoup, c'est très "bon bein on verra demain" du coup je trouve ça choquant et en même temps non, c'est bizarre :/).

Ceci dit, merci d'écrire dans ton blog, c'est toujours un plaisir de te lire ;)

Azé

Tanane a dit…

Merci à toi de me lire !

Je comprends qu'on puisse ne pas pouvoir prévoir les 20 années à venir et la notion de "yolo" qu'on peut retrouver dans certains cas, mais bon, je veux dire que si la situation n'est pas préalablement stable, je vois toujours pas pourquoi faire des enfants !

Angélique a dit…

Tanane tu peux être fière de toi, je me suis ruinée chez Lush (ils sont chers ces salauds)!

Anonyme a dit…

Salut, je suis une lectrice de ton blog. Est-ce que par hasard tu ne travaillerais pas à Stradivarius, magasin de vêtements à côté de l'hôtel de ville de Paris ? Si ce n'est pas le cas, tu as un sosie là-bas.

Meredith B. a dit…

Je me pose bien souvent la même question.

Tanane a dit…

Anonyme : Coucou,

Non, je ne travaille pas à Stradivarius (je savais même pas qu'il y en avait un à hotel de ville !)
Je sais que j'ai des sosies un peu partout. Pas difficile de trouver une asiatique à lunettes :'( (mais j'irai stalker par curiosité, je passe souvent dans ce coin) Merci de l'info haha

Anonyme a dit…

après avoir ton dernier post
je me suis demandée quels étaient tes rapports avec ta mère maintenant ?
je me reconnais un peu dans ton " témoignage
comment t'assumes tu aujourd'hui ?
en tout cas bravo tu es courageuse

Tanane a dit…

Salut !

Merci pour ton commentaire.

Aujourd'hui, je pense que je suis un peu moins enragée contre ma mère parce que je suis moins enragée tout court. J'essaie d'accepter les choses et de faire ma vie sans dépendre de son appréciation (ou de son absence, justement).

Je crois que ça va, en ce moment.