29 janv. 2014

Mon deuxième prénom est Sarah.

Ma mère m’a appelée ainsi d’après le dessin animé Princesse Sarah qui met en scène une petite fille issue d’un milieu aisé et qui, du jour au lendemain, perd tout (son père compris) et finit domestique dans un pensionnat de meufs. En gros, d’une vie de princesse, elle passe à une vie misérable et difficile mais elle reste toujours courageuse en dépit de ses malheurs. Voilà le speech. Ma mère voulait que je sois comme elle : modeste, gentille, généreuse, docile et totalement niaise.

Je me rends compte qu’elle avait une certaine vision de la fille qu’elle aurait voulu avoir. Les propos qu’elle a déjà tenu à mon égard, même après s’être excusée, n’étaient peut être finalement pas des « paroles en l’air » lancées sous le coup de la colère comme elle et mon entourage tentent toujours de m’en convaincre : « si j’avais su que tu deviendrai comme ça, j’aurais avorté » (il y a plusieurs années).

Ce week-end, après une dispute, j’ai « fugué ». Je suis partie vendredi et je suis revenue dimanche soir, en me disant que ça la remettrait peut être en question. Finalement, je crois qu’elle ne s’en est même pas aperçue.

En fait, elle aurait voulu que je sois une jeune fille niaise, à son service et présentable en société. Oui parce qu’à chaque fois qu’elle convie quelqu’un chez moi, elle me rappelle systématiquement la façon dont je dois me comporter : dire bonjour, ne pas sortir de la salle de bain à poil ou encore sourire, bêtement. Comme si je n’avais aucune manière. De toute façon, elle n’invite quasiment jamais personne puisque je ne suis pas présentable, d’après elle. Je crois qu’elle aurait voulu que je sois une fille qui trime, qui fait des efforts et qui se contente de peu. Vous savez, la fille dont on dit qu’elle est « bien aimable », ce genre de trucs. Je sais que ce portrait n’est pas très clair, mais j’ai exactement l’idée de ce type de fille en tête : une meuf vide, souriante et conne. Bah merde : je ne me contente que de ce que je veux exactement et je suis pas trop la fille la plus douce du monde.

Comme vous le savez, j’ai donc creusé un fossé entre ses attentes et ce que je suis aujourd’hui. A l’époque, il y a quelques années, je m’estimais en conflit avec ma mère. Aujourd’hui, je pense qu’un mur définitif et immuable nous sépare.

Vendredi dernier, lorsque j’ai pseudo-fugué, je suis partie en claquant la porte parce qu’elle me reprochait de réviser mes partiels. Le travail intellectuel que je mène ne serait, selon elle, qu’un prétexte pour ne pas avoir à l’aider (je veux dire : à faire à sa place) dans les papiers administratifs liés à notre déménagement. Parce qu’effectivement, parait que c’est pas que je ne peux pas l’aider mais que je VEUX pas et que je suis paresseuse. Je n’ai pas supporté cette insulte à mon travail ni au principe même qu’une mère reproche à sa fille de vouloir réussir son semestre. Les études, c’est vraiment la chose sur laquelle je ne supporte pas qu’on m’attaque. J’ai pris mes affaires et voilà, j’me suis cassé chez un pote.

Quant à ma vie sociale, elle n’est que superficialité. Elle n’envisage pas une seule seconde que les relations amicales que je tisse aujourd’hui sont le ciment de mon ascension sociale de demain. C’est d’une stupidité sans nom. Tandis que je passe mes soirées dans des apparts avec des moulures au plafond (le symbole suprême de la distinction, n’est-ce pas) avec des gens issus de milieux éclectiques, elle se complaît dans une lugubre solitude (« je ne veux voir personne, je ne veux parler à personne »). Il lui arrive même parfois de débrancher le téléphone fixe pour ne pas avoir à recevoir d’appels. C’est d’un glauque.

Certes, c’est un choix de vie, chacun dispose de penchants différents, mais parfois, je me demande réellement si elle a déjà réfléchi une fois dans sa vie. Quand même : je suis le fruit d’un hasard. Un homme, une pression sociale et pouf, me voilà. C’est hypocrite de sa part de prétendre me considérer comme sa chair et son sang, de prétexter un culte à la famille alors qu’elle ne m’a jamais soutenue ni jamais comprise. C’est insensé.

L’autre jour, je revenais d’une conférence-débat avec Christiane Taubira. Son éloquence m’avait subjuguée et son discours inspirée. Je suis rentrée chez moi dans une certaine exaltation. Je racontais cette rencontre à ma mère jusqu’à ce qu’elle me coupe : « au lieu de rencontrer tes ministres, aide moi et occupe-toi un peu de la maison ». Sans ironie ni second degré, hein. D’un ton sec, coupant la sympathie minuscule que je pouvais encore avoir à son égard. Je n’arrivais pas à faire autrement, mais je l’ai trouvé détestable et d’une débilité sans nom. « Tu te rends compte de ce que tu dis ? » : la meuf incapable de me regarder dans les yeux. Elle ne me répondit pas. Littéralement : elle aurait préféré que je fasse la lessive plutôt que je fasse des rencontres décisives dans ma vie.

La culture ainsi que nos relations sociales nous ont définitivement séparées. On ne se comprend plus. En fait, je doute même qu’elle ait cherché à me comprendre un jour. Je ne lui parle désormais que par impératif biologique du type : « achète des pâtes stp ». Et encore, il m’arrive d’aller faire des courses moi-même lorsque je vois à quel point elle est incapable de nous assurer une alimentation saine. Sa viande, son gras et ses produits purement industriels m’écœurent parfois à un point insoutenable.

Bref, j’ai hâte de partir.

Au passage, je remercie la lectrice qui m'a conseillé les mémoires de Simone de Beauvoir. J'en suis à la moitié et c'est peut être prétentieux mais il est vrai que je trouve quelques traits communs avec elle (le sentiment d'être à l'écart de la féminité, l'émancipation familiale ou encore la volonté de devenir quelqu'un).

28 janv. 2014

BISOUS CALINS

Je voulais écrire un article pour marquer ce moment de ma vie où un mec me respecte.

C'est con mais priceless.

Je suis vraiment bien dans ma relation avec Lucas. Samedi dernier, j'ai passé la soirée avec lui et ses amis, à qui il n'a pas cherché à cacher le fait qu'on avait une liaison. Ni à sa mère, ni à son ex. A personne, en fait. Je crois que ça me gênait jusqu'à aujourd'hui, avant que je me rende compte que ça me posait "problème" parce qu'il me respectait trop par rapport à ce que je devrais être pour lui (à savoir, une amie/partenaire sexuelle), et non sa copine. En fait, je voyais un problème là où il n'y en avait pas. Je stressais à l'idée qu'on puisse devenir un couple. Ce soir, je me suis par ailleurs rendue compte que je ne dissocie pas encore l'idée de couple de mon ancienne relation (traumatisante, blessante, contraignante). En fait, rien mis à part la pression sociale nous oblige à nous définir. On est plus que partenaires sexuels, moins qu'un couple. Voire mieux.

En fait, je pensais qu'il avait dit à ses amis qu'on était potes, avant qu'il ne m'embrasse, etc. Enfin, qu'il s'affiche avec moi dans la sphère publique, présentant une relation qui allait au delà de l'amitié. Je lui en ai parlé. Il m'a répondu "ça me gêne pas qu'on pense qu'on est ensemble". Ah. Bah en fait, moi non plus. Mais bon : émotion. J'ai pas le souvenir d'avoir connu un mec à qui ça ne dérangeait pas de s'afficher avec moi (c'est atroce, je sais). Mon ex de quatre ans avait pour habitude de m'isoler de son cercle social puisque j'étais une folle (n'est-ce pas ?), mon sexfriend d'avant me mettait à la porte à 7h du mat avant que sa soeur ne tombe sur moi tandis que le Tyler Durden dont j'ai déjà parlé me repoussait en public, ne supportant pas qu'on reste "collés" (ndlr. Je ne suis pas une fille collante du tout). Quant à mon ex de cet été, nous ne sommes pas restés assez longtemps ensemble pour que je rencontre réellement son cercle social, mais bon, je pense qu'il aurait été correct malgré tout. Mais plus par principe. Genre "parce que c'est ma copine". Vous voyez la nuance ? Alors que là, c'est juste que vu qu'on est un peu plus que sexfriends, y'a pas de raison pour qu'on le cache.

Quoiqu'il en soit, il faut absolument que je note ses attentions. Comme ça, plus tard, je pourrai me rappeler de la façon dont je peux être traitée (au mieux) : il m'a fait de vrais oeufs brouillés qui mettent 3h à être faits (perso, j'ai toujours mangé des omelettes déchiquetées en pensant manger des oeufs brouillés), me fait systématiquement mon bol de smacks trésor, m'a demandé si les affaires qui traînent de son ex me gênaient (et que dans le cas contraire, il pouvait s'en débarasser), prend un peu de temps pour me voir à l'improviste et me consoler de mon échec (oral d'histoire, trop foiré, laissez tomber) ou encore me demande simplement si je suis bien installée, assise sur son lit. Trop bizarre.

Au fur et à mesure que je gagne en expérience, je suis toujours surprise de voir à quel point un garçon peut être attentionné, et ça me refait toujours penser à la façon dont j'ai enduré quatre ans de relations sans un geste de ce genre.

Ma vie a atteint un équilibre quasi-parfait, ça y est !!!

PS : Je ne confonds pas attention et respect (même si les deux sont liés) mais j'ai la flemme de développer sur le respect.

AH OUI et je voulais aussi rajouter que ça me fait du bien de me rendre compte que les rapports de séduction ne sont finalement pas exclusivement basés sur des rapports de domination comme je l'ai pensé très fort au printemps dernier.

20 janv. 2014

Aujourd'hui, c'est ambiance doctissimo

Je n'ai jamais eu de problème de santé dans ma vie. Suite à ma grande fatigue liée à mon insomnie et à mon nouveau rythme de vie étudiant épuisant (l'IFP donne un travail monstre), j'ai fait des tests sanguins qui m'ont appris que j'avais un peu de cholestérol mais rien d'affolant. Soit. Je sais pas pourquoi mais depuis (donc depuis genre un mois), je développe une espèce de psychose autour de tout ce qui peut m'arriver. 

Du coup, après ça, j'ai pris rendez-vous chez une gynécologue que je voyais pour la deuxième fois, dans l'optique de checker et de renouveler ma pilule. Elle m'a diagnostiqué une mycose alors que je n'avais strictement aucun symptômes, après avoir vérifié sur internet quelques témoignages. Un peu sceptique : elle a déclaré ça après avoir maté mon intimité à l'oeil nu. Attends, mais les champignons c'est microscopique normalement, non ?

Soit. Même en ayant le doute, je prends son traitement. Après tout, elle est médecin non ? J'attends quand même deux jours avant, pour être sûre d'avoir un truc. Passé ce délai, toujours rien. Pas une once de démangeaisons, d'écoulements ni de rougeurs (je me suis contorsionnée avec un miroir de poche). Bon. Quelques jours après la prise du traitement, je commence à saigner. Ce sont pas mes règles : je suis en cours de pilule. Affolée, je cours vers ma pharmacie préférée, où ils sont avenants. Ils m'ordonnent d'arrêter de suite le traitement parce qu'il est actuellement en train de détruire ("décaper", ont-ils dit) ma flore vaginale. Puisque je n'avais rien.

Et depuis, j'enrage. J'ai la haine contre tout le corps médical que je peux rencontrer. Car quelques jours avant, ma généraliste m'a suggéré de prendre des anti-dépresseurs. 

- Vous êtes déprimée ?
- Pas du tout
- Vous êtes sûre ?
- Absolument

Et pourtant.
Elle insiste.

Je la tue de mon regard. T'es qui pour décider que ma vie était trop triste pour être vécue ? Oui ma grand mère est morte, oui ma mère est malade, oui je dors mal et oui je n'ai pas grandi dans des conditions faciles. Cela signifie-t-il que je vais mal ? Vous qui me lisez savez très bien que cela faisait des années que je n'étais pas aussi bien et épanouie dans ma vie. Ca m'enrage de savoir que mon propre médecin veuille me persuader que je vais mal rien que pour me refourguer des médocs et se sentir socialement plus utile. Puis de toute façon, même si j'allais mal, je n'autoriserai personne à faire commerce de mon malheur.

Elle m'a fait une lettre de recommandation pour que je fasse des exams pour évaluer mon activité cérébrale. Elle y raconte mes conditions de vie et le fait que je fasse "beaucoup de reproches à sa maman". N'apporte-t-elle pas directement un regard biaisé à son collègue qui me recevra ? Il pensera tout de suite que si je ne dors pas, c'est parce que ma maman est incapable et malade. C'est ridicule. Je sais que ce n'est pas ça. C'est autre chose. Je ne dors pas simplement parce que j'aime trop le silence de la nuit. Et que je déteste la perspective de "aller se coucher". J'adore dormir. Je m'endors n'importe quand quand je ne pense pas que je "vais dormir". C'est étrange, j'aimerais me reposer davantage, mais je n'y arrive pas la nuit.

Quoiqu'il en soit, je rajouterai en troisième épisode que mardi, je me suis réveillée avec la lèvre enflée. Je vais à une pharmacie (pas ma préférée, une au pif) pour un diagnostic puisque je voyais Lucas le soir-même. Je voulais savoir s'il y avait un risque de contagion, même si ça ne ressemblait pas du tout à un bouton de fièvre. Ils me disent que si et me vendent un truc à appliquer à quinze balles. Je sais pas pourquoi je l'ai pris alors que j'avais déjà commencé à mépriser le corps médical. Le soir même, ça avait disparu, c'était pas du tout ça. Du coup, je me retrouve avec un flacon entier qui coûte 15 balles. Bravo moi. Bravo eux. 

J'ai peur de tomber dans la paranoïa. Ca a donc commencé comme ça, et aujourd'hui, je me retrouve à vérifier tous les produits de mes cosmétiques. J'utilisais une crème chanel depuis quelques jours et ça m'a filé des boutons. J'en ai conclus que VRAIMENT, on peut faire confiance à rien ni personne. Pour l'instant, je me contente des produits Lush qui, même s'ils ne sont pas bio, sont faits de produits naturels, même si ce qui est naturel n'est pas forcément  bon, contrairement à ce que la communication sémiologique des temps modernes nous a inculqué. Mais voilà.

Je sais pas comment finir cet article. Je sais même pas pourquoi je l'ai écrit. Je crois que je suis vraiment énervée.

PS : ça me rappelle aussi mon ancienne psy qui me disait que j'étais en colère contre la société et qui voulait absolument qu'on parle de ma famille. Psychanalyse de merde.