28 janv. 2014

BISOUS CALINS

Je voulais écrire un article pour marquer ce moment de ma vie où un mec me respecte.

C'est con mais priceless.

Je suis vraiment bien dans ma relation avec Lucas. Samedi dernier, j'ai passé la soirée avec lui et ses amis, à qui il n'a pas cherché à cacher le fait qu'on avait une liaison. Ni à sa mère, ni à son ex. A personne, en fait. Je crois que ça me gênait jusqu'à aujourd'hui, avant que je me rende compte que ça me posait "problème" parce qu'il me respectait trop par rapport à ce que je devrais être pour lui (à savoir, une amie/partenaire sexuelle), et non sa copine. En fait, je voyais un problème là où il n'y en avait pas. Je stressais à l'idée qu'on puisse devenir un couple. Ce soir, je me suis par ailleurs rendue compte que je ne dissocie pas encore l'idée de couple de mon ancienne relation (traumatisante, blessante, contraignante). En fait, rien mis à part la pression sociale nous oblige à nous définir. On est plus que partenaires sexuels, moins qu'un couple. Voire mieux.

En fait, je pensais qu'il avait dit à ses amis qu'on était potes, avant qu'il ne m'embrasse, etc. Enfin, qu'il s'affiche avec moi dans la sphère publique, présentant une relation qui allait au delà de l'amitié. Je lui en ai parlé. Il m'a répondu "ça me gêne pas qu'on pense qu'on est ensemble". Ah. Bah en fait, moi non plus. Mais bon : émotion. J'ai pas le souvenir d'avoir connu un mec à qui ça ne dérangeait pas de s'afficher avec moi (c'est atroce, je sais). Mon ex de quatre ans avait pour habitude de m'isoler de son cercle social puisque j'étais une folle (n'est-ce pas ?), mon sexfriend d'avant me mettait à la porte à 7h du mat avant que sa soeur ne tombe sur moi tandis que le Tyler Durden dont j'ai déjà parlé me repoussait en public, ne supportant pas qu'on reste "collés" (ndlr. Je ne suis pas une fille collante du tout). Quant à mon ex de cet été, nous ne sommes pas restés assez longtemps ensemble pour que je rencontre réellement son cercle social, mais bon, je pense qu'il aurait été correct malgré tout. Mais plus par principe. Genre "parce que c'est ma copine". Vous voyez la nuance ? Alors que là, c'est juste que vu qu'on est un peu plus que sexfriends, y'a pas de raison pour qu'on le cache.

Quoiqu'il en soit, il faut absolument que je note ses attentions. Comme ça, plus tard, je pourrai me rappeler de la façon dont je peux être traitée (au mieux) : il m'a fait de vrais oeufs brouillés qui mettent 3h à être faits (perso, j'ai toujours mangé des omelettes déchiquetées en pensant manger des oeufs brouillés), me fait systématiquement mon bol de smacks trésor, m'a demandé si les affaires qui traînent de son ex me gênaient (et que dans le cas contraire, il pouvait s'en débarasser), prend un peu de temps pour me voir à l'improviste et me consoler de mon échec (oral d'histoire, trop foiré, laissez tomber) ou encore me demande simplement si je suis bien installée, assise sur son lit. Trop bizarre.

Au fur et à mesure que je gagne en expérience, je suis toujours surprise de voir à quel point un garçon peut être attentionné, et ça me refait toujours penser à la façon dont j'ai enduré quatre ans de relations sans un geste de ce genre.

Ma vie a atteint un équilibre quasi-parfait, ça y est !!!

PS : Je ne confonds pas attention et respect (même si les deux sont liés) mais j'ai la flemme de développer sur le respect.

AH OUI et je voulais aussi rajouter que ça me fait du bien de me rendre compte que les rapports de séduction ne sont finalement pas exclusivement basés sur des rapports de domination comme je l'ai pensé très fort au printemps dernier.

20 janv. 2014

Aujourd'hui, c'est ambiance doctissimo

Je n'ai jamais eu de problème de santé dans ma vie. Suite à ma grande fatigue liée à mon insomnie et à mon nouveau rythme de vie étudiant épuisant (l'IFP donne un travail monstre), j'ai fait des tests sanguins qui m'ont appris que j'avais un peu de cholestérol mais rien d'affolant. Soit. Je sais pas pourquoi mais depuis (donc depuis genre un mois), je développe une espèce de psychose autour de tout ce qui peut m'arriver. 

Du coup, après ça, j'ai pris rendez-vous chez une gynécologue que je voyais pour la deuxième fois, dans l'optique de checker et de renouveler ma pilule. Elle m'a diagnostiqué une mycose alors que je n'avais strictement aucun symptômes, après avoir vérifié sur internet quelques témoignages. Un peu sceptique : elle a déclaré ça après avoir maté mon intimité à l'oeil nu. Attends, mais les champignons c'est microscopique normalement, non ?

Soit. Même en ayant le doute, je prends son traitement. Après tout, elle est médecin non ? J'attends quand même deux jours avant, pour être sûre d'avoir un truc. Passé ce délai, toujours rien. Pas une once de démangeaisons, d'écoulements ni de rougeurs (je me suis contorsionnée avec un miroir de poche). Bon. Quelques jours après la prise du traitement, je commence à saigner. Ce sont pas mes règles : je suis en cours de pilule. Affolée, je cours vers ma pharmacie préférée, où ils sont avenants. Ils m'ordonnent d'arrêter de suite le traitement parce qu'il est actuellement en train de détruire ("décaper", ont-ils dit) ma flore vaginale. Puisque je n'avais rien.

Et depuis, j'enrage. J'ai la haine contre tout le corps médical que je peux rencontrer. Car quelques jours avant, ma généraliste m'a suggéré de prendre des anti-dépresseurs. 

- Vous êtes déprimée ?
- Pas du tout
- Vous êtes sûre ?
- Absolument

Et pourtant.
Elle insiste.

Je la tue de mon regard. T'es qui pour décider que ma vie était trop triste pour être vécue ? Oui ma grand mère est morte, oui ma mère est malade, oui je dors mal et oui je n'ai pas grandi dans des conditions faciles. Cela signifie-t-il que je vais mal ? Vous qui me lisez savez très bien que cela faisait des années que je n'étais pas aussi bien et épanouie dans ma vie. Ca m'enrage de savoir que mon propre médecin veuille me persuader que je vais mal rien que pour me refourguer des médocs et se sentir socialement plus utile. Puis de toute façon, même si j'allais mal, je n'autoriserai personne à faire commerce de mon malheur.

Elle m'a fait une lettre de recommandation pour que je fasse des exams pour évaluer mon activité cérébrale. Elle y raconte mes conditions de vie et le fait que je fasse "beaucoup de reproches à sa maman". N'apporte-t-elle pas directement un regard biaisé à son collègue qui me recevra ? Il pensera tout de suite que si je ne dors pas, c'est parce que ma maman est incapable et malade. C'est ridicule. Je sais que ce n'est pas ça. C'est autre chose. Je ne dors pas simplement parce que j'aime trop le silence de la nuit. Et que je déteste la perspective de "aller se coucher". J'adore dormir. Je m'endors n'importe quand quand je ne pense pas que je "vais dormir". C'est étrange, j'aimerais me reposer davantage, mais je n'y arrive pas la nuit.

Quoiqu'il en soit, je rajouterai en troisième épisode que mardi, je me suis réveillée avec la lèvre enflée. Je vais à une pharmacie (pas ma préférée, une au pif) pour un diagnostic puisque je voyais Lucas le soir-même. Je voulais savoir s'il y avait un risque de contagion, même si ça ne ressemblait pas du tout à un bouton de fièvre. Ils me disent que si et me vendent un truc à appliquer à quinze balles. Je sais pas pourquoi je l'ai pris alors que j'avais déjà commencé à mépriser le corps médical. Le soir même, ça avait disparu, c'était pas du tout ça. Du coup, je me retrouve avec un flacon entier qui coûte 15 balles. Bravo moi. Bravo eux. 

J'ai peur de tomber dans la paranoïa. Ca a donc commencé comme ça, et aujourd'hui, je me retrouve à vérifier tous les produits de mes cosmétiques. J'utilisais une crème chanel depuis quelques jours et ça m'a filé des boutons. J'en ai conclus que VRAIMENT, on peut faire confiance à rien ni personne. Pour l'instant, je me contente des produits Lush qui, même s'ils ne sont pas bio, sont faits de produits naturels, même si ce qui est naturel n'est pas forcément  bon, contrairement à ce que la communication sémiologique des temps modernes nous a inculqué. Mais voilà.

Je sais pas comment finir cet article. Je sais même pas pourquoi je l'ai écrit. Je crois que je suis vraiment énervée.

PS : ça me rappelle aussi mon ancienne psy qui me disait que j'étais en colère contre la société et qui voulait absolument qu'on parle de ma famille. Psychanalyse de merde.

19 janv. 2014

Histoire singulière

En déménageant, j'ai retrouvé une de mes copies de troisième où je devais rédiger le témoignage d'une personne qui a quitté son pays natal pour venir vivre en France. J'ai écrit l'histoire de ma grand-mère, décédée il ya deux mois. J'ai eu envie de la partager quelque part. 

Ma grand-mère est née en 1937 dans une province du Cambodge. Sa mère est morte en lui donnant vie et son père l'a rapidement abandonné parce qu'elle était une fille. Une gentille dame l'a adopté. Elle était mariée à un homme alcoolique, brutal et violent qui déversait sa rage sur ma grand-mère. Par la suite, alors qu'elle avait une dizaine d'années, c'est sa voisine qui l'a recueillie suite aux blessures physiques et psychologiques qu'elle avait pu observer. Ainsi, ma grand mère poursuivit sa jeunesse dans la misère et avec sept autres enfants. Le père adoptif cultivait du riz.

Vous vous doutez, du fait de sa condition féminine et sociale, elle n'a jamais pu aller à l'école. Elle est morte analphabète.

Jusqu'à ses seize ans, elle resta chez elle pour aider puis un jour, elle décida de partir vers l'inconnu. Durant deux ans, elle est allée de village en village en accomplissant des tâches ménagères contre des bols de riz et un peu d'argent. En économisant, elle arriva à Phnom Penh en car. De petits boulots en petits boulots, elle finit chez un bel homme vietnamien fortuné qui s'appelait Tran et qui était couturier. C'est mon grand père. 

A ce niveau de l'histoire, je n'avais pas écrit grand chose parce que ma grand mère était évasive. Par rapport à mon âge de l'époque ou par rapport à elle-même. Je crois que ma mère est issue d'un viol, sans que ma grand mère ne sache vraiment ce qu'est un viol. Peut être qu'elle imaginait que les relations sexuelles étaient fatalement initiées et forcées par l'homme. Je sais en tout cas qu'elle a conservé une haine viscérale de l'homme toute sa vie, jusqu'à ce qu'elle rencontre plus ou moins mon ex Jeremy, qu'elle préférait savoir à mes côtés plutôt que seule. 

Bref. De cette union est née une fille qu'elle a du abandonner parce qu'elle ne pouvait pas l'élever, même si mon grand père était fortuné. Leur histoire devait rester cachée. Entre riches et pauvres, bourgeois et domestiques, les relations étaient mal vues, voire interdites, donc un enfant ? No way. Ensuite, elle a eu ma mère, mais cette fois-ci, elle n'arriva pas à renoncer à la maternité donc elle l'éleva à l'abri des regards. A la naissance de mon oncle, elle ne supportait plus cette clandestinité. Tran lui a donné un peu d'argent et elle est partie avec ses deux enfants. Elle avait 23 ans.

Alors qu'elle cuisinait dans un restaurant, elle a du partir se cacher dans la jungle à cause des Khmers Rouges. Pour survivre, ils s'alimentèrent avec ce qu'ils trouvaient : serpents, insectes, maïs, igname. Puis à pied, ils sont arrivés au Vietnam et vécu là bas. Elle bossa à nouveau dans un restaurant puis son patron la fit venir en France parce qu'il avait aussi un restaurant à Paris. J'ai longtemps cru que cet homme était mon grand père. C'est lui qui m'a élevé avec ma grand mère.

Elle était réticente à Paris (trop grand, trop inconnu, trop étranger) mais y est tout de même resté, sans avoir pu retourner un jour au Vietnam. Pas les moyens. Moi non plus, je n'y suis jamais allée, à la grande stupéfaction de tous ceux qui m'ont posé la question. Pas les couilles de dire que je suis jamais partie en vacances avec ma famille, parce qu'on a jamais pu financièrement. 

J'ai appris par ma cousine que ma grand mère avait exprimé sa volonté de mourir au Vietnam. Volonté qui n'a pas pu être respectée.

Ma mère étant effacée, je me considère presque comme l'enfant directe de ma grand mère. Je suis la première génération à être allée à l'école, je porte sans doute dans mon sang des existences pénibles et sacrifiées comme celles de ma grand mère. C'est comme si mon existence n'avait quasiment pas eu d'origines ni de passé, comme si j'étais la première humaine sur terre. C'est un sentiment étrange. Je veux devenir quelqu'un afin que ma grand mère puisse se dire que le combat qu'elle a mené pour vivre valait le coup.