12 déc. 2013

A man will make you need him just to prove how unattached to you he is (@Cakesdakilla)

Ce soir, réunion IRL avec la rédaction du magazine online pour lequel je bosse depuis quelques temps. Le rédac chef me fait : « et toi sinon, tu viens d'où déjà ? ». Géographiquement parlant ? Scolairement parlant ? « Masterisement parlant ! ». Je suis encore en licence. « Ah ouais d'accord. Je pensais pas. » Bah pourquoi ? « Je sais pas, j'aurais pas osé, moi en licence. » Bah pourquoi ? (bis) « J'aurais pas pu aller postuler dans un magazine comme ça, je suis personne ! »

Bon. Je l'ai bien pris sur le coup, parce que « bah c'est cool, ça montre que tu en veux ! ». Mais en liant ça avec quelques remarques de mes amiEs (ouais parce que ce délire n'est lié qu'à ma minuscule minorité de potes meufs, bizarrement), je savais plus vraiment me situer entre l'audace et la prétention. Concrètement, j'ai toujours fait ce que j’avais envie de faire, sans me poser de réelles barrières et sans me poser de questions préalables du type de "en suis-je capable ?" car je viens de me rendre compte qu'en fait, je m'estime capable de tout. Wow, je sais. Le choc.

Je suscite régulièrement de l'admiration chez mes amiEs, qui, du compliment, peut rapidement tourner à une relation malsaine et bizarre. Il y a un an, j'ai même dû me séparer de ma meilleure amie pour ça. Un jour, un texto : « J'me sens comme une merde à côté de toi. Mais t’inquiètes, c'est pas de ta faute si tu es si douée et talentueuse ». C’étaient des propos que je ne pouvais envisager dans une relation saine. Ce rapport de hiérarchie me gênait. Et elle aussi apparemment. Moi qui l’avais appelé dès que j'avais lu une super offre de stage... « Ah non mais je l'ai déjà vu la semaine dernière. » Pourquoi ne m'en a-t-elle pas informé ? « Parce que je voulais pas que tu aies le poste à ma place. » Ah, mais on a le même niveau d'études et tout... « Non mais t'es meilleure que moi, c'est tout ». Bam. 

« Naaaan arrête, elle t'as pas dit ça ??? » Bah si.
« En même temps, c'est une sorte de compliment, ça va. »
Ah, bah du coup, j'ai pas le droit de me plaindre.

Aujourd'hui, après avoir vécu ce type de relation et le malaise de ne pas pouvoir réellement en parler sans passer pour la meuf style "trop marre de ces gens qui m'envient, pfiou", j'essaie de rester au maximum loin des filles. Ça ne m'a jamais vraiment réussi, ce rapport de rivalité permanente basée sur rien du tout et dans lequel je ne rentre jamais. Et pourtant, dans le peu d'amitiés féminines qui me reste, je retrouve quelques morceaux. Dans ma promo, je traîne majoritairement avec une fille et un mec. Aucun souci avec le mec, même longueur d'ondes, tout ça. Et avec l'autre, ça commence par "Putain, comment tu travailles trop vite et efficacement, c'est fou." Haha t'inquiètes c'est de l'entraînement.

Puis le "Putain, mais t'es trop cultivée" du début d’année qui devient "Putain, mais t'es trop cultivée par rapport à moi." Elle installe une hiérarchie. Je lui dis que je ne suis au-dessus de personne, et ceci d'un ton sec. Je croyais qu'elle avait capté, mais là, la fille me sort : "Tu sais, les gens de la promo voient qui je suis seulement parce que je traîne avec toi." Malaise.

Et ce soir, une autre pote qui veut tenter les écoles de journalisme (dont celle dans laquelle je suis) me fait part de son manque de confiance en elle, à base de "j'me dis que je suis trop bête". Je la motive, lui suggère de revoir ses ambitions à la hausse, lui affirme que de toute façon, elle aura pas ses concours si elle est convaincue de n'en être pas capable et que de toute façon, on a eu la même formation pendant deux ans alors bon.

« Non mais tu comprends pas, toi t'avais déjà une culture générale de ouf en sortant du bac, moi j'ai rien, je connais rien, tu peux pas comprendre ».
Ah. Bon, du coup je lui dis qu'elle peut toujours compter sur le réseau !
« Quel réseau ? »
Bah celui du magazine, ici présent. Magazine dans lequel je l'avais ramené, une fois dans la team, en pensant que sa participation serait bénéfique pour son CV.
« Non mais je suis TROP asociale, j'arrive pas à parler aux gens et tout, j'ai pas le sens du contact comme toi »
Bon, d'accord. Sur le coup, j'ai pensé très fort des trucs pas sympas (style : putain mais elle veut pas VRAIMENT faire du journalisme, c’est pas possible). Mais avec le recul, je me pose de réelles questions quant à l'estime que ces filles m'accordent. J'ai peur, qu'au fond, elles me détestent d'être ce qu'elles aimeraient être (dans l’hypothétique mesure où elles aimeraient vraiment être comme moi, ce qui est difficile à vivre au quotidien quand même haha).

Et je me déteste de leur avoir véhiculé une telle image de moi.

J'ai encore un tas d'exemples comme ça, de remarques que je trouve bizarre voire déplacées, venant d'amiEs qui ont l'impression que je pourrais les écraser si on nous mettait face à face, parce que je pèse en intelligence, popularité, confiance ou que sais-je. Et pourtant, je crois que ce n'est pas l'impression globale que je donne : je n'ai jamais vécu de situations similaires avec mes amitiés masculines. Je ne sais plus comment gérer mes amiEs, j'ai l'impression qu'entre meufs, on n'arrête pas de se jauger et de se comparer aux autres filles, et je n'arrive pas à m'y faire parce que je ne le fais jamais. Bon, question d'orgueil ou pas, là n'est pas la question, mais dans ma vie, j'ai trop souvent l'impression que les filles se considèrent comme un satellite de moi-même au lieu de se considérer simplement comme un astre copain (belle image je sais). Ou peut-être que je traîne avec trop de filles qui n’ont pas confiance en elles, mais le même schéma se reproduit tellement souvent que je sais pas.

Par rapport à ce blog, j'ai souvent eu des commentaires du même style aussi, qui disaient, en gros, qu'on aimerait bien être comme moi.
Qu'est-ce qu'il y a de plus cool à être moi qu'à être quelqu'un d'autre ? A force de susciter autant de remarques, j'ai la désagréable sensation d'être une imposture ou de faire un show, jouer le rôle de la meuf trop stylée, alors que mis à part cette partie de mes relations sociales, je n'ai l'impression d'être autre chose que moi-même. Je sais pas si j'ai "trop" confiance en moi ou non, mais voilà, je n'ai jamais estimé que quelque chose était hors de ma portée. Enfin tout est à la portée de tout le monde. Le distingo se fait entre ceux qui posent leurs couilles sur la table ou pas, ceux qui sont curieux ou pas. Ces meufs sont-elles admiratives parce que je suis la copine qui leur affirme avec aplomb que « Non mais t'es ‘non mais’, c'est toi qui te les mets. Y'a pas de ‘non mais’, dans l'absolu » ? Ou me fréquentent-elles dans l’espoir de puiser dans la confiance que j’ai en moi ?

Confiance que j’ai d’ailleurs construite moi-même. Labeur.

Je crois qu’il faut que je revoie mon cercle social.
M’enfin, il finira évidemment par se regénérer lui-même puisque dans ma vie, les gens viennent et repartent (bien trop) rapidement. « Je peux pas continuer à fréquenter quelqu’un qui n’en a rien à foutre des autres » Salut, pas de regrets. « Parce que tu couches avec un autre type le lendemain quand je te demande de te voir moi et que tu me fous des vents depuis des semaines, c’est bon j’ai plus le temps » Tant pis.

Parfois, ils partent même sans rien dire. Et ça ne me fait plus grand-chose. C’est pas que j’en ai rien à foutre, mais je veux pas qu’on compte sur moi pour se sentir mieux dans sa peau. Je ne veux pas qu’une amitié soit basée sur le fait que je prenne des nouvelles ou pas. Si t’as un truc à annoncer, pourquoi t’attends que je te le demande ? Je ne veux pas non plus qu’on m’enferme dans une quelconque exclusivité, même si l’on me désire plus que tout (ok, autre domaine de discussion, mais je veux pas corrompre mon fil de pensées). Je n’appartiens à personne. Être mon ami, ce n’est pas m’avoir et encore moins me posséder. Et ça, même si je fais partie des amis les plus loyaux qu’on puisse avoir. Je me soucie du bien-être de mes amis (spécialement mes deux meilleurs amis) plus que n’importe quoi (plus que ma famille, plus que mes mecs, plus que mon sommeil puisque je réponds au téléphone à toute heure), et pourtant, j’ai peur de ceux qui attendent de moi des trucs.

Alors que je sais que je suis infaillible de ce côté-là.
Je sais pas pourquoi.

Mes deux meilleurs amis sont ceux qui ont toujours été là pour moi et qui m’ont soutenu à travers les années plus que n’importe qui. Je crois que la personne qui est la plus fière de moi à ce jour est le mec (ouais parce que j’ai une besta meuf et un besto mec) qui n’hésite pas à me le répéter quelques soient mes réussites et mes échecs. Pour la fille, j’ai toujours répété qu’elle était ma conscience. C’est mon garde-fou. Ma vie est déjà un peu le chaos, mais ça va. Si elle n’était pas là, j’ignore encore si je serais encore de ce monde. J’ai envie de pleurer lorsque j’écris ça. Je les aime tellement.

Mon article est totalement parti en couilles. Il est 2h38, bonne nuit.

PS : je matais tranquillement mes statistiques et je suis tombée sur cet article.
Presque exactement deux ans auparavant.
Comparez avec l'article d'aujourd'hui : je suis méconnaissable.

Sous le choc.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Et saurais-tu dater ou dire à partir de quel moment est-ce que tu as commencé à changer ? Si c'était un changement conscient et voulu, construit par étapes ou dont tu ne prends vraiment totalement conscience que maintenant ? Y a-t-il eu un élément déclencheur, une personne peut-être ? Un événement ?

Unknown a dit…

ahahah tu sais quoi? "Concrètement, j'ai toujours fait ce que j’avais envie de faire, sans me poser de réelles barrières et sans me poser de questions préalables du type de "en suis-je capable ?" car je viens de me rendre compte qu'en fait, je m'estime capable de tout. Wow, je sais. Le choc. " Tu me fais trop, trop,trop penser à Simone de Beauvoir, elle avait le même raisonnement, et ça lui a bien servi dans la vie, (surtout à son époque). Donc ne te poses pas trop de questions,, continues de foncer. (t'as les ses Mémoires? C'est un peu toi, au niveau détermination hein, le reste j'en sais rien)

Pour le coup des relations... c'est compliqué à gérer j'imagine. C'est du pur complexe en fait, mais imagine que vous soyez 2 caractères super forts pour un poste? Ca fight et l'issue est incertaine. Alors que 2 candidates dont une qui n'a pas confiance en elle, ça finit comment à ton avis? Tu vas me dire que justement il faut essayer, mais quand tu tiens à peine sur tes jambes, être face à un pont solide rend l'échec encore plus douloureux. Evidemment ce n'est pas de ta faute hein! Le pire (ou le mieux?) est justement de se dire "bah, tant mieux pour elle elle le mérite", pendant qu'à coté tu rames pour le moindre entretien...
Et oui je te lis toujours :)

Anonyme a dit…

Tanane, je t'adore, et sans rancunes

Tanane a dit…

Anonyme : Ouais, à partir de ma rupture avec Jeremy, c'est-à-dire il y a bientôt pile un an. Je sais pas si c'était réellement voulu. J'avais juste envie de m'en sortir, en fait. Cela dit, c'était parfaitement conscient, je sais que j'avais des agissements qui ne me correspondaient pas de base, mais c'était nécessaire pour sortir de ma torpeur et de ma peine.

Fanny : Non j'ai pas lu ses Mémoires mais tu m'en donnes l'envie ! Hahaha je fais penser à Beauvoir ? BEST COMPLIMENT EVER

En tout cas, merci pour votre soutien :)

Meredith B. a dit…

Ben moi je t'aime.

Salut.

Penne (comme les pâtes) a dit…

Hello,

Merci d'avoir répondu la dernière fois.

J'ai effectivement l'impression que tu as changé-je suivais ton blog de manière intermittente-et on voit clairement que tu es devenue plus indépendante.

Après ça n'engage que moi,mais j'ai l'impression que tu verses un peu dans l'extrême inverse concernant tes amis "hors meilleurs amis".
Je suis peut-être en train de me projeter sur toi. J'espère que non. Je comprends tout à fait que tu puisses avoir peur que les gens dépendent de toi. Ça m'est arrivée et j'ai repoussé plein de gens à cause de ça, le mieux c'est encore de t'en ouvrir à eux et de leur expliquer clairement tes limites.

Dans le même temps, tu ne peux pas non plus jouer le rôle de béquille. C'est clairement dur psychologiquement et bon, ça ne marche que quand on a un certain degré de distance émotionnelle

Mais bon, j'ai l'impression que ta relation avec tes meilleurs amis est ce qu'en fait ce que l'on attendrait d'une relation saine

Donc, You Go girl!

En gros mon commentaire c'était => Beaucoup de blabla /travail comme pour un album d'Asterix (Stupeflip)

Lennon a dit…

Hey. Ma question est peut-être bête, mais ton thème, l'as-tu fait toi-même ? J'ai beau chercher, je ne vois pas comment on peut le personnaliser à ce point (et franchement j'en crève d'envie !)
Voilà, j'espère ne pas déranger. Bonne soirée ! :-)

Tanane a dit…

Penne : Je sais pas si j'ai peur qu'on dépende de moi. J'ai plutôt peur qu'on exige de moi certaines choses que je pourrais me forcer à être ou à faire alors que ça menacerait mon intégrité. Je sais pas si c'est compréhensible, mais c'est forcément lié à ma relation sentimentale où je me suis beaucoup trop mise à mal dans l'espoir de sauvegarder la relation que j'avais.

Mako : Non, j'ai du le prendre quelque part sur le net, puis je l'ai personnalisé, oui. Regarde sur le site du zéro pour le code, sinon cherche directement sur les sites spécialisés dans blogger (désolée, ça fait longtemps que j'avais arrêté mon blog, je n'ai plus d'adresses sous la main). Un peu d'huile de coude, et c'est assez simple ! :) Bon courage.