21 mai 2012

Prix Nobel de la propagande


Fenêtre ouverte sur le monde, vitrine culturelle ou objet de propagande, la télévision n'a pas fini de faire parler d'elle. Le minuscule écran cathodique est devenu grand et plasma. Symbole de la société d'information, il rythme la vie des sociétés économiquement développées. 3h30 par jour en moyenne pour un français, 5h pour un américain. C'est dire si Mademoiselle a eu son petit succès depuis son invention à la fin du 19ème siècle. 

Porteuse de la culture populaire, elle soulève des questions sociétales : une portée médiatique critiquable, une nouvelle forme de journalisme mais aussi et surtout, un rôle de désinformation plus ou moins considérée.

La télé du 21ème siècle, c’est celle du voyeurisme, des sommes astronomiques et du journalisme perdu. Longue vie à la logique mercantile, crient les publicitaires. Sans foi ni loi, ils agissent en toute impunité. Scandale en 2004 quand Patrick Le Lay, président de TF1 parle de son taff de vendeur de temps de cerveaux disponible : « Dans une perspective « business », soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. […] Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » Normal, le type.

*

Ce soir, j'allume la télé. Mauvaise idée. Des gros plans sur le visage, une atmosphère. Il s'agit d'un type qui a été sauvé par un policier : une interview débordante de bons sentiments signé Sept à Huit (TF1). Le jeune policier et père de famille, a risqué sa vie pour sauver celle d'un passant, tandis qu'il était agressé pour son portable. Durant deux jours, son pronostic vital était engagé. Brave homme. Alors que Mamie est larmoyante, moi je gerbe. Le culte de l'émotion est insoutenable. Rien de nouveau jusqu'ici mais j'ai omis un autre détail : les agresseurs responsables du lynchage sont une meute d'immigrés, vendeurs à la sauvette. Par conséquent, l'étranger est donc sauvage et incivilisé, ça ne s'invente pas.

"C'est un ange gardien". Ca y est, le mot est sorti. Derrière le visage ému et reconnaissant de l'homme se cache la glorification des forces judiciaires et la figure du flic héros seul contre tous. On oublie les dérives, ce serait trop crade pour l’image des forces de l'ordre. Et devant le spectateur, la stigmatisation des sans papiers. Inconsciemment, à force de produits comme celui-ci, on enregistre et "immigré" rime désormais avec criminalité. C'est bien tombé pour la politique anti-immigratoire de certains. N’oublions pas qu'ils voulaient doubler les effectifs. Si on avait deux fois plus de brave homme comme celui-là, il n'y aurait plus d'agression, CQFD. L'équation est vite faite : l'immigré doit dégager.

En réalité, le danger n'est pas le visage basané mais cette chaîne télévisée. Même si on parle de reportages, d’enquête exclusive et d’envoyé spécial, le journalisme audiovisuel est au journalisme ce que l’humidité est au brushing.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

tu devi1 tp intelo la ...
Signé : le khâgneux méprisant.

Angélique a dit…

AH BAS TF1!! Hum... Calmons nous
Cela dit ce n'est pas toi qui regardait Secret Story par hasard? hihi (j'ai détruit ton article).

J'ai trop de retard à rattraper dans la lecture de ton blog, j'en suis bien consciente toutes mes excuses. Trop de manque de temps ces derniers jours :(

Angela a dit…

Super post! J'aime bien! Bisous:)
Angela Donava
http://www.lookbooks.fr

Anonyme a dit…

http://www.youtube.com/watch?v=yxQxsWQGrL0
Yeah !

Tanane a dit…

Anonyme : Excellent <3

Angélique a dit…

Ahh, je vois je vois.
Causette ne me disait rien, mais j'ai fait ma petite recherche sur internet. Ca a l'air assez ouf comme magazine. Je ne l'ai jamais vu en press.
En tout cas ton article me plait! :)