8 mai 2012

Au commencement était l'émotion.


En ce moment, je sais pas trop ce que j'ai, sûrement le bouleversement hormonal que je subi à cause de la reprise de la pilule ou je sais pas trop quoi mais je suis d'une inquiétante émotivité. Genre la meuf qui est attristée et qui pleure pour rien. J'ai même fait une nuit blanche parce que j'étais trop angoissée par la politique qui provoquait trop de haine chez les gens.

Mais encore, tout à l'heure j'étais au Disney Store des Champs Elysées et Jeremy m'a demandé qui était le mec de Pocahontas, donc me voilà partie dans le spoil de la fin du film, où voila, John Smith doit se séparer d'elle pour retourner en Angleterre et faire soigner sa blessure par balle, etc.. En me remémorant le geste de la main qu'ils font, ma gorge s'est nouée et j'ai trouvé ça terrible, cette séparation. Du coup j'ai versé une larme. Une seconde crise d'émotivité intense a eu lieu lorsque j'avais envie d'écouter Comme un Homme de Mulan, dont Jeremy ne saisissait pas le sexisme paradoxal des paroles, donc je lui ai raconté que justement, Mulan qu'elle est aussi forte qu'un homme. Cette combativité (imaginaire), couplée au souvenir de la scène où l'Empereur la remercie, m'a arraché des demi-larmes que j'ai su retenir en inspirant profondément. Sur le coup, je me fais incroyablement pitié, donc j'essaie de mettre tout ça sur le compte biologique, mais avouez que c'est quelque peu bizarre.

Je crois que je ne vais pas très bien, honnêtement. Je me connaissais sensible, mais là c'est arrivé à un tel point d'exagération que je me demande si je vais pas en parler à mon Médecin quand je la verrais. Je me sens pourtant psychologiquement stable, je suis assez heureuse et tout. J'sais pas, c'est ultra chelou.

Ce qui me fait pleurer, c'est surtout les trucs imaginaires (films ou ma propre imagination) ou les grandes idées. Sur le chemin du retour, on parlait de son futur chien, qu'il aimerait pouvoir laisser sans laisse. Je les imaginais gambadant joyeusement ensemble, lui en skate, et le chien qui court avec lui, jusqu'au moment où j'ai eu l'image du chien qui ne s'arrête pas au feu rouge et qui se fait renverser ou écraser par une voiture, ce que j'ai trouvé terrible parce qu'après tout, même si c'était pas son ami à proprement parler, c'était tout de même son compagnon de vie et tout. Et j'ai commencé à dramatiser sur le mode de l'absurde, consciente que pour le moment, il n'y avait ni chien, ni de promenade en skate, ni accident de voiture. Cette idée de la mort violente de l'animal m'a choquée et attristée, avant que je ne m'en remette.

C'est absolument idiot et irraisonné.

Mais ce qui m'a le plus chagrinée dans la soirée, c'est la prédominance de mes préjugés. Deux meufs étaient passées devant nous, et j'avais un tel mépris pour elles, par rapport à leurs tenues et leurs attitudes, que je m'en suis trouvée cruelle, avant de réaliser que je passais sans doute à côté de plein de gens extraordinaires.  J'ai trop de dédain pour les gens. Ca a provoqué en moi une désolation des plus totales. Si je n'ai pas d'amis à la fac, c'est parce que mon jugement négatif que j'ai des gens qui m'entourent émane de moi (j'ai tendance à penser que je suis entourée de feignants immatures sans ambition), et que je ne vais pas les voir justement parce que je crains leur jugement. Un cul de sac social, vous dis-je.

Puis j'ai repensé à ma classe de l'année dernière, sans que je me sois liée d'amitié avec tout le monde, je respectais et admirais chacune des personnalités, uniques, que j'ai pu cotoyer pendant deux ans. Il y avait ce mec issu d'une banlieue réputée violente, à l'accent qui ne laissait aucun doute sur son origine géographique (je rappelle que j'étais au centre de Paris), avec ce look tout aussi significatif, le tout complété par un énorme diam's blingbling à l'oreille. Ce mec, lorsqu'on creusait un peu, révélait une personnalité absolument réfléchie, au langage distingué mais maîtrisé lors des oraux blancs, et dont la plume était souvent flattée en dissert. Il aimait également cuisiner des pâtisseries le dimanche. Comme s'il y avait lui, et sa façade sociale. Il y en avait aussi un autre, connu comme LE cancre du lycée qui cumulait plus d'absences que de présences en cours, un brin de provocation et un rictus qui a exaspéré plus d'un prof. Lui est en fait un génie en Histoire. Evadé du système scolaire et piteux en dissertation, il avait une telle passion, une connaissance si précise de l'Histoire qu'au début, je m'en amusais, pour finir intriguée. Sans m'étendre sur un autre, si discret et timide qu'on ne l'aurait jamais soupçonné auteur de romans de Science-fiction dont la qualité a été approuvée par mon prof de français, je voulais juste souligner de par ces exemples que j'étais entourée de gens invraisemblablement intéressants.

Arrivée à la fac, j'ai l'impression de n'avoir rencontré qu'un profil de ce type, une fille que je trouve extraordinairement intelligente et courageuse en dépit de l'image d'écervelée superficielle derrière laquelle elle se cache pour une raison qui m'est encore inconnue. J'ai l'amer sentiment que tout le monde est pareil et qu'ils ne sont ce qu'ils reflètent, donc comme je disais, des feignants immatures sans ambition, ce qui m'empêche de m'intéresser à eux, de creuser, pour voir ce qu'ils peuvent révéler. Seulement, je pense insolemment qu'ils n'ont rien à révéler. Pétrie par mon mépris, je ne sais plus quoi faire pour me battre avec moi-même afin de pouvoir laisser une chance à ma vie sociale de se développer à la fac, et de m'orienter vers une vision plus optimiste des gens de mon université. Parce que pour le moment, l'arrogance que j'éprouve à l'égard de mes condisciples ne fait que me décevoir et m'attrister davantage. Encore un peu et j'en pleurais. Pour changer.

6 commentaires:

Sarah a dit…

C'est drôle, je suis un peu de le même genre de phase en ce moment ^^ J'ai regardé Dumbo et j'ai pleuré à des moments débiles (genre pas quand la maman berce son petit enfant abandonné, mais quand il est complètement bourré et qu'il fait des bulles carrée).

Les gens vraiment intéressants sont rares ; je trouve que tu as de la chance d'en avoir déjà croisé quelques uns. Dans ma prépa, j'ai trouvé une ou deux perles, mais globalement les gens que je croise sont des ramassis de clichés.

Tinhy a dit…

Quand j'ai vu l'image de Pocahontas ( donc avant de lire ton article ), je me suis sentie triste parce que j'ai pensé à la fin qui m'a toujours traumatisée. Je ne COMPRENDS PAS pourquoi elle n'est pas partie avec John Smith, le pauvre, il m'a fendu le coeur.

Angélique a dit…

Mmmmh... Je pense que c'est le printemps. Les hormones oui.

Comme toi, je suis un peu (beaucoup) encline (ca existe, j'ai vérifié dans le dico héhé) à avoir des préjugés. Et encore plus à la fac qu'au lycée. Je pense que c'est à cause du nombre. Plus il y a foule, plus je suis sur la défensive, par peur et par malaise. Et de manière quasi-automatique, sans que je le contrôle vraiment, mon esprit se cherche une excuse comme "Ce milieu ne me convient pas", "je ne partage pas les mêmes centres d’intérêt" voire "ils n'en valent pas la peine".
En fait je pense que le mépris des autres vient toujours d'un mal être. Pour ma part, c'est par timidité et par incapacité à me sentir à l'aise dans un "groupe", surtout composé de gens que je connais très peu. Donc le mépris n'est pas une attitude à condamner, même si c'est difficile de ne pas le faire. Il faut plus chercher à le comprendre, à trouver sa source.

Pour le doggy-bag, c'est mon beau-père qui le premier m'a initié à cette pratique. Au départ j'avais grave la honte, j'avais envie de le frapper à chaque fois qu'il faisait ça au resto. Puis c'est rentré dans mes moeurs. Je me suis dit "Mince, après tout j'ai payé cette bouffe, c'est soit pour moi soit la poubelle, donc ou est le mal?". Donc maintenant je le fais sans problème, surtout chez les indiens ou asiat' qui ont l'habitude et ne s'offusquent pas pour si peu. Mais ça choque encore beaucoup de gens qui n'ont pas l'habitude (pas les restaurateurs, mais les clients). Alors que c'est un geste éco-responsable, si on regarde bien hihi

Idem, je ne condamne pas les manifestations de joie, je condamne les critiques du camp adverse, genre "tous des cons". Sans parler des "Je me barre en Suisse ou au Luxembourg", c'est d'un pathétique.

Vi' a dit…

Avant j'étais hypersensible.. On m'a donc emmené vers un psy pour régler ce problème.. Il l'a été.. Pendant un temps. Maintenant je pleure quand je vois des enfants tristes, des enfants heureux de leur innocence, des SDF, que je débat avec quelqu'un et qu'on n'arrive pas à trouver de consensus, bref. Je pleure pour absolument tout et rien. Donc on va dire que je comprends ton souci lacrymal \o/

Sinon concernant ta vie sociale, il faut aussi que tu te dises que même si les gens n'ont pas d'incroyables talents cachés ils ont quand même un vécu différent du tien et de ce fait ils peuvent toujours t'apprendre quelque chose =)

Safia a dit…

J'ai pas pu lire tous les articles que tu as pu poster dernièrement, il y en avait beaucoup et je n'avais pas spécialement le temps pour les lire tous. Mais il me semble et, je t'accorde le bénéfice du doute là-dessus, que cet article est différent des précédents.

Non pas que je trouvais que c'était moins intéressant, mais j'ressentais une distance avec les autres articles que j'ai pu lire qui ont fait que.

Je saurais pas te dire si c'est la même Tanane que celle que j'avais découverte sur skyrock et qui m'avait séduite, toujours est-il que cette Tanane là me plait.

Safia a dit…

J'ai validé sans me relire et je ne sais plus si j'ai écrit "je t'accorde le bénéfice du doute" ou bien "accorde moi le bénéfice du doute".

C'est ce dernier qu'il faudra retenir dans le cas où je me serais trompée, il ne s'agissait pas d'une réprimande...

Une remarque, en passant, dont je ne suis pas sûre de la validité.