Aujourd'hui, j'ai reçu le dossier à remplir pour la
bourse.
De la paperasse, comme d’habitude. Mais cette
fois-ci, un peu plus poussée. Ils demandent de remplir les cases genre « père »,
je ne mets rien, « beau père », je ne mets rien non plus. C’est là
que ça me fait mal. Il me fallait le certificat de décès de mon père. Ma mère m’a
rappelé quelque chose que j’avais oublié : je suis une enfant née sous X.
Je ne cherche pas à savoir le pourquoi du comment, mais ce qui est sûr, c’est
que ça montre que je ne suis pas le fruit d’un quelconque amour. Soit mon père
n’a pas voulu me reconnaître, soit ma mère n’a pas voulu qu’il me reconnaisse.
Pourquoi n’a-t-on pas voulu que je grandisse dans un milieu sain et stable ?
Pire : normal ? Est-ce que c’est trop demander que de réfléchir un
minimum et de penser au futur d’un enfant ?
Ca me rappelle la fois où elle m’a dit que si elle avait su ce que je
deviendrais, elle aurait avorté. Moi je pense qu’elle aurait du avorter tout
court. Comment est-ce qu’on a pu penser que j’aurais pu être heureuse dans
cette situation familiale, en grandissant dans un amour factice ? Pourquoi
on fait pas passer un test aux gens avant qu’ils ne deviennent parents ?
Quand j’y pense, j’ai envie de pleurer. Je suis triste, affligée parce que la
normalité je saurais JAMAIS ce que c’est. Avoir un appartement, une chambre, un
père, une mère, un frère. Manger ensemble à table, partir en vacances, aller au
cinéma en famille. Ce sont des choses que je ne connaîtrai pas jusqu’au jour où
je fonderai ma propre famille, avec un homme que j’aime et une situation
stable. Pourquoi les gens font des enfants si c’est pour les laisser, se barrer
à l’autre bout du monde et refaire une autre famille ? Pourquoi ma mère m’appelle
« trésor » et « chérie » alors que de toute ma vie, on est
jamais allées au cinéma ensemble, ne serait-ce qu’une fois ? Et pire,
pourquoi a-t-elle décidé de refaire la même erreur en accouchant de mon frère ?
Je crois avoir entendu une discussion un jour, apparemment c’était pour
encourager son père à arrêter l’alcool.
Ca me met hors de moi, c’est quoi ces cons qui s’en
foutent de ce que peut être un humain. Je vais pas vous raconter dans quelles
conditions matérielles on vit, mais mon frère vit comme un étranger, un
visiteur de passage chez moi. Ca me tue qu’il fasse venir ses copains pour
avoir un semblant de normalité, alors que chez nous, c’est très loin d’être
comme chez les autres. Je n’ai jamais fait venir mes amis chez moi, parce que
ce n’est comme chez personne.
Je veux bien que les parents se séparent, c’est
normal. Mais ma mère gagne à peine le smic, je n’ai jamais eu de pension
alimentaire et de père, j’en ai jamais eu. Alors ça me tue de devoir remplir
ces putain de papiers pour me rappeler à quel point ma famille n’en est pas
une. Il est inutile d’en parler à ma mère, ça ne fait que m’énerver, que de
voir ce tas larvique me balancer des choses telles que « ton père ne t’as
pas reconnu » comme si c’était la chose la plus normale qu’il soit.
J’avais commencé à relativiser sur elle, à
regretter toutes les choses horribles que j’ai pu dire à son propos, mais
finalement, je pense qu’il y a une part d’elle qui relève réellement de la
connerie. Qu’est-ce qui lui a pris de faire un enfant si c’était pour le priver
consciemment d’un père, d’un foyer structuré, d’une vie normale ? Je sais que ma situation n'est pas la pire. Quand j'vois les enfants de roms, ça m'hallucine. Ils sont enfants, encore un peu insouciant, mais après... ? Ils ne vont pas à l'école par peur de l'expulsion, donc ils sont condamnés à vivre dans la clandestinité, l'illétrisme et la mendicité. Les parents n'en ont donc rien à foutre ou quoi ? Qu'est-ce qu'ils pensent lorsqu'ils couchent ensemble ? "Un bébé, ce sera plus rentable quand on ira mendier" ? C'est pas possible, c'est même pas humain.
Vous ne savez pas comment je vis tous les jours,
et je vous le dit : ce n’est pas normal. J’en ai rien à foutre que tout le
monde puisse lire ce que j’écris aujourd’hui, qu’ils en tirent des conclusions
hâtives, ou que ce sont des choses qu’ils n’ont pas à savoir. Mais je le dis
aujourd’hui, pour tout ceux qui me sous-estiment et qui ne savent rien de moi :
ce que je suis aujourd’hui, je ne le dois pas à ma famille. Alors toute ma
façon d’être, je l’ai développé SEULE en apprenant SEULE en allant voir la
normalité ailleurs, que ce soit dans les foyers de mes amis ou à l’école. Je ne
dois rien à ma mère, ni à mon père, si ce n’est que du fric et de la bouffe. Alors non, je suis pas la science infuse, mais je n'ai pas honte de dire que je suis fière de la personne que je suis devenue et peu de gens se seraient aussi bien débrouillé. Seulement, je n'y arrive plus. Je suis comme une enfant sauvage qui imite pour s'intégrer, mais je ne me trouve pas. Je suis l'enfant de personne, alors je suis personne. J'aurais beau faire le maximum pour que ma condition familiale soit normale, elle ne l'est pas. Comment alors peut-on fonder une famille si on a qu'une idée abstraite de ce que c'est ? Comment puis-je entrevoir un avenir si mon passé n'existe que par ma construction maladroite ? Je ne sais pas qui je suis parce que la personne que je devrais être n'existe pas, mais celle qui vous écrit n'est que le fruit de mes fantasmes de normalité. Je ne suis qu'une illusion que je me suis donnée.
13 commentaires:
C'est vraiment bizarre, mais ma situation ressemble beaucoup à la tienne. D'ailleurs, à propos de la bourse, mon père m'a reconnue mais je n'ai pas de nouvelles depuis plus de 10ans, tu penses que ça va poser problème pour remplir les papiers ? :/
Moi je suis un peu dans la situation de ton frère, c'est-à-dire que ma mère a fait une première connerie mais a tout de même retenter l'expérience = moi = re-fail. Je pense qu'inconsciemment, je lui en ai toujours voulu de m'avoir faite...
Bon, déjà, ta mère est une connasse. Voilà. Un jour t'auras de l'argent de côté et tu te tireras de chez toi.
De deux, tu n'es pas personne. Je ne sais plus quel philosophe a dit qu'on n'était pas juste l'enfant de ses parents. On est un être à part entière. Et tu peux être tellement, tellement fière de toi, meuf, pour en être arrivée jusqu'ici. T'aurais pu sombrer dès le plus jeune âge. Alors garde la tête haute parce que tu te construis toi-même et tu ne dois rien à PERSONNE.
AH ENFIN! Enfin quelqu'un qui est comme moi aberrée par les gens qui font des enfants sans réflechir.
Quand je vois des reportages sur NRJ12 ou autre (que je ne regarde pas plus de 5min par ailleurs, car je trouve ça assez insupportable) sur les filles enceintes à 16-18 ans, qui disent "Je me sens tout à fait prête à l'assumer", ça me donne envie de hurler quoi. Pour moi il n'y a pas d'exception, même si la mère aime beaucoup son gosse, qu'à la limite il aura un père, ou n'importe quoi, je sais PERTINEMMENT que l'enfant ne sera pas heureux, ou du moins aura un max de problème. C'est quasi scientifique.
Cela m'amène à redire ce que je dis toujours, qu'un enfant est une responsabilité énooooorme, et qu'on doit réfléchir à 5000 fois avant d'en faire un, pour savoir si on réunit vraiment les conditions idéales. Puis alors ceux qui me disent "mais à un moment, dans la vie d'une femme, c'est un besoin presque animal de faire un enfant", j'ai envie de leur répondre qu'elles n'ont qu'à se faire castrer (enfin désovuliser, je me comprends), qu'on est des être humains capables de réflexion, et pas des bêtes. Je vous jure. Cet égoïsme.
Par ailleurs, ça me fait penser à ma mère qui m'avait dit un jour "Au départ, avec ton père, on ne voulait pas d'enfant. D'ailleurs, je pense que les gens réellement intelligents ne font pas d'enfants, car ils n'ont pas envie de créer de la souffrance, et une personne qui vit dans une telle société passera nécessairement par la souffrance". C'est peut-être un peu extrême, mais ça prête à réfléchir.
Ton article m'a beaucoup touché.
Merci d'écrire ton blog.
Nous sommes d'accord, nous sommes d'accord.
J'aurais bien voulu écrire des articles plus souvent sur le stage, mais comme je l'ai dit il me faisait rentrer chez moi trop tard, et mes quelques heures de libre étaient consacrées aux cours. Donc j'ai du attendre la fin. Ca n'a duré qu'un mois oui, ce qui passe assez vite généralement. Mais d'un côté, c'était vraiment nouveau pour moi, et les journées étaient tellement chargées que j'ai l'impression d'y avoir passé 6 mois. Comme les premiers temps à la FAC. Une semaine, j'avais l'impression que ça durait un mois. Rien à voir avec le lycée
C'est vrai que les gens réfléchissent pas et que ta mère est chelou, mais j'me dis que si t'avais été élevée dans une famille "normale", t'aurai pas eu ce sens critique et cette écriture aussi directe. T'as souffert, tu souffres encore et ça se voit, mais ça peut apporter un truc à la personne. T'aurai pas eu ça, tu serai pas aussi forte. Parce que même si tu as beau dire que t'as plus goût à la vie, j'te trouve courageuse. Enfin bref, tu le sens peut être pas comme ça, mais moi ouai.
bisous courage
L'avantage c'est que pour mon dossier crous c'est mon assistant social qui s'en occupe vu que j'ai plus rien donc je ne peux rien remplir.. Bonne chance meuf.. =/
D'accord, merci d'avoir répondu à mes questions :)
A propos de ta mère, je pense tout à fait la même chose. C'est vraiment bizarre parce que je l'aime et je sais qu'elle m'aime et qu'elle veut mon bonheur, mais je sais pas, je la comprends pas. Ma mère n'a pas eu une très belle enfance, donc des fois, je me dis que si elle a du mal avec moi, c'est qu'elle n'a pas eu de bon exemple et que, par conséquent, elle ne sait pas trop comment s'y prendre. C'est peut-être la même chose pour ta mère ?
Oui je comprend tout à fais, sans père ni mère c'est compliqué. Tu les as pas eu, tu les auras pas, mais si t'as pas eu de bases enfant, tu peux t'en créer maintenant. T'as un mec, qui t'as fais du mal certes mais ça ça peut s'oublier, même si ça parait impossible je sais que vous pouvez recommencer votre amour passionnel, t'as beaucoup de personnes qui te soutiennent sur ton blog, et tu peux maintenant commencer peut être des relations amicales sérieuses (et t'as un frère!!!). Mais pour tout ça faut prendre des risques, donc faut se décider : soit tu stagnes et t'es sûre de plus souffrir, soit tu fais des efforts en prenant le risque de resouffrir pour ensuite être fière du but que t'auras atteint. Alors avec ça, je pense que tu peux continuer. Si t'as réussi à devenir comme ça sans bases, j'vois pas pourquoi là maintenant ça marcherai plus. Ai confiance en toi, t'as beaucoup de qualités (je sais on t'connais pas mais j'pense que tout ce que t'écris reflète un minimum ta personnalité).
C'est vrai que c'est bizarre qu'elle achète autant de nourriture ...remarque, ma mère fait pareil. Si tu voyais l'état de nos congélateurs ( oui "nos" ).
Coucou!
Tout d'abord, je tiens à te dire que je te suis toujours autant (même si je ne laisse pas de commentaires machin et tout, mais je préfère les garder pour des articles qui me touchent profondément, comme celui-ci). Ton texte m'a beaucoup émue, et ce n'est rien de le dire ! Ca me tue toujours autant que ta mère soit dans l'indifférence complète quant à ton frère et toi. En réalité, ça me tue simplement que des gens laissent leurs enfants dans la merde, comme ça. C'est justement le rôle d'un parent d'être là pour épauler son gosse. Mais bon, ça tu le sais déjà. Mais tu sais, tu es quelqu'un de bien. On ne se connait toujours pas, mais à travers tes textes, tes émotions que tu nous fais passer, tu es une fille bien et ta mère s'en mordera les doigts parce que tu seras devenue quelqu'un de construit, de bien dans n'importe quelle catégorie. Quand on te lit, on sait ce que tu réussiras :-) Et fonder une famille, personne ne sait comment on fait. Ca s'apprend. Après, ta mère ne le sait pas, mais je ne la connais pas. Mais toi, je sais que tu es une fille intelligente et tu réussiras. Et puis, tu as le droit de souffrir aussi. Ce n'est pas parce qu'il y a pire que toi que tu ne peux pas te plaindre, hein! Sur ces paroles très philosophiques, je te souhaite une bonne journée! Bisous :) Ah, et au passage, j'aime beaucoup ton habillage !
Merci pour ton commentaire et ta fidélité :)
Cependant, je ne dirais pas que ma mère me laisse dans la merde parce qu'elle m'achète à manger, me donne de l'argent lorsque j'en ai besoin et que c'est possible, mais la vraie césure se trouve vraiment du côté psychologique. Je n'arrive pas à comprendre comment je peux être sa fille, comment j'ai pu la fréquenter depuis dix huit ans sans que rien ne nous lie.
Enfin bref, merci pour tes encouragements, ça me fait plaisir.
Quand je lis ce type d'article d'un blog à l'autre, je me sens toujours gênée parce que je ne sais pas quoi dire, moi qui n'ai jamais eu à vivre de situation comparable... Du coup je me sens bête... Tout ce qui me vient à l'esprit, c'est de l'admiration, parce que tu te bats et continues de te battre pour avoir la vie que tu veux, même si effectivement tu n'es pas partie avec autant d'avantages que d'autres. Et ça, ça m'impressionne. Donc la seule chose que je peux te dire, c'est continue de te battre, parce que je suis sûre que ça paiera et qu'un jour tu auras une famille au sens où tu l'entends, et je suis sûre que tu t'en sortiras très bien même si comme tu dis tu n'as pas vraiment eu d'exemple de "famille normale". Courage !
PS : je suis tout à fait d'accord avec toi pour ce qui est de faire des enfants !
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