"T'as quelque chose de changé dans ton visage. T'es plus... Mature. (Sa mère)
Il parait que je me suis mise à grandir trop vite. Lui qui me dit ça. J'ai envie de rire. Si j'ai trop vite grandi d'un coup, c'est peut être parce que j'ai trop souffert. C'est peut être mes cernes de plus en plus sombres, mon visage qui fait encore plus la gueule, qui se ferme, qui est blasé, comme tous ces adultes dans le métro le matin dès 9h. C'est peut être la perte de confiance en soi qu'on compense par des robes et des talons, une féminité accrue qui n'a aucun sens. C'est peut être l'angoisse qui découpe mes cuisses, mes hanches, mon ventre à la hache. C'est peut être ces nuits sans sommeil et ces journées sans vie. C'est peut être ces journées où on doit comme s'il ne s'était rien passé, ces journées à rigoler, à mener sa vie comme si on allait super bien, qui m'ont fatiguée. C'est là que j'suis devenue adulte, que j'suis une fausse femme.
Depuis, je vais tout le temps dans des cafés et je bois de la bière. Quand j'étais ado, je m'asseyais des heures sur un banc pour discuter, et j'allais au mcdo pour bouffer. Maintenant, je mange dans des endroits où il y a un serveur et une addition. C'est ça, être adulte. D'un coup, c'est arrivé.
Quand on est petit, on a un amoureux et on se fait des bisous. Quand on est adulte, on a le coeur brisé et on se prend celui qui veut le plus de nous. Ca me rappelle ma mère. "L'essentiel, c'est qu'il t'aime." J'ai dit qu'il n'y avait que ça qui comptait. Elle a dit "Pour moi, si, parce que personne ne m'aime". Au final je pense pareil qu'elle mais j'ai trop d'ego pour le reconnaître, trop de fierté inexistante. J'ai l'impression d'être super orgueilleuse alors que ça fait bien longtemps que je n'ai plus aucun amour propre, que ma fierté a été bafouée mille et une fois. C'est drôle comment je refuse de voir les choses et que je sais que je refuse de les voir. J'ai l'impression d'être consciente de tout et de ne pas être responsable. Comme si je me regardais moi même par la fenêtre, marcher dans la rue.
Romain m'a dit qu'on pouvait aller voir des psys gratuitement dans les centres médico-psychologiques. Au début je me suis dit pourquoi pas, et finalement je me suis dit que je n'irai pas. Cela ne servirait à rien parce que même si je vais vraiment trop mieux et que j'aime la vie et blablabla, l'humanité et le monde sera toujours aussi cheum et ça va encore me recasser. Je n'ai pas envie de me recasser, je veux me briser assez pour ne plus être vulnérable. Alors non, je pense pas que j'irais. Et je vois pas comment raconter ma vie à un inconnu, comme je le fais déjà ici, m'aiderait à quoique ce soit vu que je suis parfaitement consciente de mes comportements, de ce que je vis, mais que je m'écoute pas. Ma raison existe mais elle est indépendante du reste. De mon corps, de ce que je fais avec, ainsi que de mes sentiments. Mais sérieux, je me sens bien.
J'ai enlevé les commentaires parce que ça va me souler, vous allez me dire "Non mais il faut que t'y ailles chez le psy", blablabla. Mais de toute façon, personne ne m'en laisse, personne ne me lit, tout le monde fête Noël. Je suis désolée, je sais que l'époque où j'étais marrante vous manque un peu. Mais dès que j'ai l'occasion de raconter ma "vraie" vie, j'le fais, et c'est pas franchement superdrôle.