Aujourd'hui, c'est approximativement l'anniversaire de ma rupture, à un jour près, je ne m'en souviens plus très bien.
Je pense que l'année qui vient de s'écouler est la plus riche que j'ai vécu jusqu'ici, dans ma vie.
Aujourd'hui, j'ai pleuré dans mon lit. Je me suis remémoré la relation que j'avais avec Jeremy. J'ai l'habitude de la considérer comme un souvenir lointain. Psychologiquement, cela fait vingt ans que j'en suis sortie. Aujourd'hui, cette blessure n'a jamais été aussi vive. Etant en excellents termes avec lui, je lui en ai parlé. Terrain glissant. A chaque fois qu'on aborde notre relation, il se sent toujours obligé d'affirmer que de toute façon, tout était de ma faute, d'une façon ou d'une autre. A propos de sa relation actuelle, il déclare même : "Dans cinq jours, ça va faire un an et zero problème". Ca me met dans un état indescriptible : 1) Le mec s'est remis en couple une semaine après m'avoir quitté, après 4 ans de relation. 2) Ce n'est pas de ma faute. CE N'EST PAS DE MA FAUTE. Il met la responsabilité de l'échec sur mon attitude, mais il ne s'est jamais dit que mon attitude était liée à son égoïsme, sa lâcheté et son instabilité. 3) Comment ai-je pu rester autant de temps avec quelqu'un qui ne me méritait pas ?
Même lui le reconnait. Dans ses heures d'ébriété, il m'appelle et pleure : "tu m'as tout donné alors que je méritais rien". Il fait semblant de ne pas s'en souvenir le lendemain. Je sais que ses démons le rattrapent quand il se relâche. Quand il n'a plus la force de faire l'effort d'être dans le déni. Aujourd'hui, même les garçons de passage me traitent mieux que lui. Celui d'en ce moment me propose de l'accompagner faire les courses de Noël, m'emmène aux resto "qu'il faut trop qu'on teste !" et me prépare mon petit déjeuner, même si ce n'est qu'un bol de smacks trésor avec du lait. Ca peut paraître futile, mais ce genre d'attentions correspond à un enthousiasme lié au plaisir de ma compagnie, c'est à dire quelque chose que mon ex n'a jamais exprimé. Je n'ai aucun souvenir de lui exprimant le désir de faire quelque chose de spécial avec moi. Le max, c'était ptet l'accompagner acheter du pain. Tout ce qu'on a vécu durant notre relation, tous les lieux qu'on a visité, toutes les activités qu'on a pu faire, venaient de mon initiative. Et je ne m'en suis jamais rendue compte, parce que j'étais dans l'illusion de la première année de la relation où on ne faisait que manifester l'envie de construire quelque chose ensemble. Envie qui s'est en réalité rapidement dissipée sans que je ne m'en aperçoive. Faut tilter quand même : mes plans fesses me traitent et considèrent mieux que mon ex de 4 ans.
Plein de gens pensent que c'est une chance pour moi d'avoir eu une relation de longue durée si jeune (15-19 ans). Pourtant, plus j'y repense, plus je regrette. Je pense que je conserverai des séquelles psychologiques à vie. Seuls ceux qui m'ont lue pendant cette période peuvent avoir l'idée de la souffrance que je ressentais en permanence. Une relation pénible que je m'en veux d'avoir vécu, parce qu'elle m'a dégradée et affaibli, et surtout parce que j'ai accordé la plus grande importance du monde à quelqu'un qui ne me considérait pas bien.
Il y a un an, je suis sortie (ou disons qu'il m'a expulsé) de la relation dévastée. En miettes. Littéralement, une grosse merde. Aucune confiance, aucun avenir, aucune perspective, aucun secours. Je ne savais plus quoi faire de mon existence, alors j'ai décidé de vivre, de casser les barrières que j'avais planté pour éviter la décadence. Ladite décadence est ce qui m'a ressuscitée. J'ai annihilé mes peurs et mes appréhensions. J'ai commencé par retrouver mon pouvoir de séduction avec quelques mois de relation "de passage" avec wannabe énarque, puis j'ai enchaîné avec tellement d'autres mecs que mes potes leur attribuent des surnoms pour pas se perdre dans les prénoms. J'ai continué en bravant mes peurs de la nuit et de la fête. Ce monde de superficialités est devenu monde d'enivrements. Cette année, j'étais à la reconquête de moi même. Durant l'adolescence, là où on se construit, je m'étais perdue en route. Maintenant, mes anciennes connaissances m'acceptent ou me désapprouvent, ça ne changera rien à mon identité. Elle est quelque chose qui s'est naturellement mais très rapidement bâtie et je la revendique. Je n'ai plus peur d'être ce que je suis ou qu'on me fasse du mal. Je n'ai plus honte d'être ce que je suis, parce que sortie de cette relaiton, personne n'a le pouvoir de me rabaisser ni de m'humilier en reportant ses propres erreurs sur moi.
Je suis plus heureuse comme ça, sans attaches. Pas que je consomme les hommes ou que je bois comme un trou, non. Je me considère plutôt comme hédoniste. J'ai fait des rencontres très intéressantes, j'ai lié de nouvelles amitiés (tout en conservant les meilleures de ma vie d'avant) et j'ai mangé sans retenue. Ah oui, avant j'étais en régime en permanence dans l'idée de rester désirable. Aujourd'hui, j'ai arrêté de me restreindre inutilement, je vais au restaurant dès que l'occasion se présente et d'après les archives de ma messagerie, je n'ai jamais été aussi désirable. Pire : bien dans ma peau.
Pourtant, la pensée de moi-même m'acceptant dans l'humiliation, la soumission et la violence des mensonges me tue. Je n'arrive pas à accepter mon passé, ni à accepter ma décision de rester avec lui alors que notre relation, quelqu'en soient les apparences, n'étaient que tumultes et mensonges. C'est le seul point que je n'arrive pas à régler.