9 févr. 2014

YOLO mode : epic

Bon, il vient de m’arriver un truc que je trouve assez ouf.

J’allais au ciné. On m’annonce que la séance est complète, bon. J’erre vers Beaubourg en me demandant si j’allais voir l’Île des Miam-nimaux à la place de Tel Père Tel Fils. Je croise le regard d’un mec pendant que je marchais. Tac tac tac. Oh mon dieu, c’est lui qui est derrière moi. « Excuse-moi. »

Je me retourne. Il commence à me parler, apparemment pas très à l’aise. « Euh. Tu vas, euh, à la bibli ? » Je réponds, gênée aussi. Habituellement, je suis une fille assez difficile à déstabiliser et je perds rarement mon assurance. Ici, elle s’était cassée à Ouagadougou. On est dimanche, je suis seule et je comptais me plonger dans une salle obscure : je n’étais ni bien habillée ni maquillée. Pas la bonne parure pour jouer à la femme fatale. La discussion est courte mais ridicule, j’essaie de répondre posément tandis qu’il bégaie pour me dire qu’il me trouve adorable. Merci.

« Bon bah, je te souhaite une bonne journée. » Je repars. Je fais 20m. Putain, merde. En quittant les sites de rencontres, n’est-ce pas l’imprévisibilité des rencontres que je cherchais ? Je décide de rebrousser chemin afin de lui proposer, je sais pas, un café par exemple, vu que je n’allais plus au cinéma.

Il a disparu. LES BOULES. Je commence à dramatiser, comme à mon habitude : j’ai raté l’homme de ma vie. Pendant que j’appelle mes potes pour leur faire part de mon désarroi, il réapparaît, cette fois accompagné de trois de ses amis. PUTAIN, JE FAIS QUOI.

Comme on dit, je me suis dit « YOLO ». J’ai rien à perdre et il se peut qu’on ne se recroise jamais. Je n’avais pas de papier sur moi, je prends mon bouquin, j’arrache la dernière page et je note mon numéro ainsi que mon prénom. On inspire, on expire. Je lui cours après, lui prie de m’excuser, lui donne le papier et repart, sans un mot. Si vous aviez vu la gueule de ses potes, putain. Ils étaient dans le WTF total.


J’ignore si je suis passée pour une bolosse timide ou pour une fille mystérieuse qui a des couilles, mais au moins je l’ai fait. J’ignore aussi si j’ai envie qu’il me recontacte. J’ai pas envie de m’apercevoir que c’est un con. Le désavantage des rencontres spontanées : pas de pré-sélection. Impossible de checker ses goûts et ses centres d’intérêts avant de donner mon numéro. J’espère qu’il sera cool.

6 févr. 2014

"La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair." Pascal


Dans ma nouvelle école, j'ai fait la connaissance d'un mec de ma classe. Je l'ai abordé à la pause clope parce que j'avais vu qu'il connaissait PM (je ne veux pas être offensante vis à vis de sa popularité, mais c'est tout de même une situation improbable). Depuis, je traîne toujours avec lui.

C'est un grand lecteur. Tandis que l'on éprouve des remords quand on fait trop la fête ou qu'on a trop mangé, son truc à lui, c'est d'arriver en cours, mi-exalté mi-honteux d'avoir ENCORE acheté des bouquins chez le bouquiniste. Je trouve ça plutôt drôle. Je rencontre rarement des personnes avec lesquelles je m'entends quasi-parfaitement sur le plan intellectuel ET humain (souvent, c'est soit l'un soit l'autre). Avec lui, on rigole et on discute de trucs dont je ne peux pas forcément parler ailleurs sans qu'on me prenne pour une hystérique ou une obsédée (notamment toutes les questions liées au genre, au féminisme et à la pornographie).

Cet aprem, après les cours, je l'ai accompagné pour la première fois chez le bouquiniste, celui qui est juste à côté de la station de RER. C'était une question de cinq minutes, histoire de trouver un cadeau pour une pote. Au final, je suis rentrée chez moi 5h plus tard. Je crois que le voir dévorer les livres, et même devoir se cacher pour lire Proust (pour éviter mon regard inquisiteur à la bibliothèque, l'obligeant à réviser), m'a petit à petit redonné le goût de la lecture et plus spécialement de la littérature, que j'avais perdu non seulement avec l'arrivée d'internet, mais aussi lorsque j'ai commencé des études de sciences humaines et sociales. Ca fait deux ans et demi que j'ai arrêté de lire des romans, des autobiographies ou encore de la poésie pour lire des trucs de sociologie.

Et donc pendant ces 5h, sans compter la bière et le mcdo, on a flâné dans le quartier de Saint Michel, notamment à Boulinier. J'avais oublié ce que ça faisait. D'être quelque part sans attendre quelque chose. Quand j'ai besoin d'un livre, cela fait des années que j'ai l'habitude d'aller à la Fnac pour l'acheter ou juste le commander sur Amazon. Je ne me souviens plus de la dernière fois que je suis rentrée dans une boutique sans rien attendre de particulier, puis je me rends compte que je me suis enfermée dans un style de vie où je suis tout le temps occupée. Tout le temps un truc à faire, jamais le temps pour rien. Je suis dans une vie où je chronomètre quasiment toutes mes activités, parce que j'ai trop de choses à faire. Ok, un café avec A pour 2h, après je vais manger avec X puis je rentre faire ma préparation de texte, allez je me donne 3h, puis je mate la rediff de The Voice.  Je sais même pas ce que je fais, en vrai, mais j'éprouve le besoin de tout planifier pour ne pas perdre une miette de ma vie.

Mais en fait, c'est plutôt cool l'inattendu. Genre juste être là, regarder sans rien chercher de précis et repartir avec une dizaine de bouquins sous le bras, des bouquins qu'on a toujours voulu lire sans penser à les acheter. J'espère que je me donnerai du temps pour le faire.

- L'Amant aux éditions de minuit, quasi neuf pour 2,5€
- Le Deuxième Sexe I dans une édition bizarre et un peu moche mais limitée à 3000 exemplaires à 3€ (j'avais déjà commencé dans l'édition de poche normale)
- Anna Karénine en entier dans une édition des années 30 pour 4€
- Cocteau (Les parents terribles), parce que je sais que c'est une des inspirations principales de Xavier Dolan que j'adore, mais que je n'ai encore jamais lu 
- Les Pensées de Pascal, texte intégral, dans une très belle édition (bail du Cercle du Bibliophile.. ?), un bail un peu comme à Poudlard
- Manifeste du Parti Communiste (au fait, j'ai fait le test de Politest et je me suis découvert un peu plus à gauche que je ne le pensais haha)
TO BE CONTINUED

29 janv. 2014

Mon deuxième prénom est Sarah.

Ma mère m’a appelée ainsi d’après le dessin animé Princesse Sarah qui met en scène une petite fille issue d’un milieu aisé et qui, du jour au lendemain, perd tout (son père compris) et finit domestique dans un pensionnat de meufs. En gros, d’une vie de princesse, elle passe à une vie misérable et difficile mais elle reste toujours courageuse en dépit de ses malheurs. Voilà le speech. Ma mère voulait que je sois comme elle : modeste, gentille, généreuse, docile et totalement niaise.

Je me rends compte qu’elle avait une certaine vision de la fille qu’elle aurait voulu avoir. Les propos qu’elle a déjà tenu à mon égard, même après s’être excusée, n’étaient peut être finalement pas des « paroles en l’air » lancées sous le coup de la colère comme elle et mon entourage tentent toujours de m’en convaincre : « si j’avais su que tu deviendrai comme ça, j’aurais avorté » (il y a plusieurs années).

Ce week-end, après une dispute, j’ai « fugué ». Je suis partie vendredi et je suis revenue dimanche soir, en me disant que ça la remettrait peut être en question. Finalement, je crois qu’elle ne s’en est même pas aperçue.

En fait, elle aurait voulu que je sois une jeune fille niaise, à son service et présentable en société. Oui parce qu’à chaque fois qu’elle convie quelqu’un chez moi, elle me rappelle systématiquement la façon dont je dois me comporter : dire bonjour, ne pas sortir de la salle de bain à poil ou encore sourire, bêtement. Comme si je n’avais aucune manière. De toute façon, elle n’invite quasiment jamais personne puisque je ne suis pas présentable, d’après elle. Je crois qu’elle aurait voulu que je sois une fille qui trime, qui fait des efforts et qui se contente de peu. Vous savez, la fille dont on dit qu’elle est « bien aimable », ce genre de trucs. Je sais que ce portrait n’est pas très clair, mais j’ai exactement l’idée de ce type de fille en tête : une meuf vide, souriante et conne. Bah merde : je ne me contente que de ce que je veux exactement et je suis pas trop la fille la plus douce du monde.

Comme vous le savez, j’ai donc creusé un fossé entre ses attentes et ce que je suis aujourd’hui. A l’époque, il y a quelques années, je m’estimais en conflit avec ma mère. Aujourd’hui, je pense qu’un mur définitif et immuable nous sépare.

Vendredi dernier, lorsque j’ai pseudo-fugué, je suis partie en claquant la porte parce qu’elle me reprochait de réviser mes partiels. Le travail intellectuel que je mène ne serait, selon elle, qu’un prétexte pour ne pas avoir à l’aider (je veux dire : à faire à sa place) dans les papiers administratifs liés à notre déménagement. Parce qu’effectivement, parait que c’est pas que je ne peux pas l’aider mais que je VEUX pas et que je suis paresseuse. Je n’ai pas supporté cette insulte à mon travail ni au principe même qu’une mère reproche à sa fille de vouloir réussir son semestre. Les études, c’est vraiment la chose sur laquelle je ne supporte pas qu’on m’attaque. J’ai pris mes affaires et voilà, j’me suis cassé chez un pote.

Quant à ma vie sociale, elle n’est que superficialité. Elle n’envisage pas une seule seconde que les relations amicales que je tisse aujourd’hui sont le ciment de mon ascension sociale de demain. C’est d’une stupidité sans nom. Tandis que je passe mes soirées dans des apparts avec des moulures au plafond (le symbole suprême de la distinction, n’est-ce pas) avec des gens issus de milieux éclectiques, elle se complaît dans une lugubre solitude (« je ne veux voir personne, je ne veux parler à personne »). Il lui arrive même parfois de débrancher le téléphone fixe pour ne pas avoir à recevoir d’appels. C’est d’un glauque.

Certes, c’est un choix de vie, chacun dispose de penchants différents, mais parfois, je me demande réellement si elle a déjà réfléchi une fois dans sa vie. Quand même : je suis le fruit d’un hasard. Un homme, une pression sociale et pouf, me voilà. C’est hypocrite de sa part de prétendre me considérer comme sa chair et son sang, de prétexter un culte à la famille alors qu’elle ne m’a jamais soutenue ni jamais comprise. C’est insensé.

L’autre jour, je revenais d’une conférence-débat avec Christiane Taubira. Son éloquence m’avait subjuguée et son discours inspirée. Je suis rentrée chez moi dans une certaine exaltation. Je racontais cette rencontre à ma mère jusqu’à ce qu’elle me coupe : « au lieu de rencontrer tes ministres, aide moi et occupe-toi un peu de la maison ». Sans ironie ni second degré, hein. D’un ton sec, coupant la sympathie minuscule que je pouvais encore avoir à son égard. Je n’arrivais pas à faire autrement, mais je l’ai trouvé détestable et d’une débilité sans nom. « Tu te rends compte de ce que tu dis ? » : la meuf incapable de me regarder dans les yeux. Elle ne me répondit pas. Littéralement : elle aurait préféré que je fasse la lessive plutôt que je fasse des rencontres décisives dans ma vie.

La culture ainsi que nos relations sociales nous ont définitivement séparées. On ne se comprend plus. En fait, je doute même qu’elle ait cherché à me comprendre un jour. Je ne lui parle désormais que par impératif biologique du type : « achète des pâtes stp ». Et encore, il m’arrive d’aller faire des courses moi-même lorsque je vois à quel point elle est incapable de nous assurer une alimentation saine. Sa viande, son gras et ses produits purement industriels m’écœurent parfois à un point insoutenable.

Bref, j’ai hâte de partir.

Au passage, je remercie la lectrice qui m'a conseillé les mémoires de Simone de Beauvoir. J'en suis à la moitié et c'est peut être prétentieux mais il est vrai que je trouve quelques traits communs avec elle (le sentiment d'être à l'écart de la féminité, l'émancipation familiale ou encore la volonté de devenir quelqu'un).