Bon, le lendemain de mon départ d'Adopteunmec, j'ai installé Tinder, la nouvelle appli de rencontres géolocalisées, un peu hype. J'ai tout de suite rencontré ce mec du Celsa (enfin ancien de l'école). Je venais de recevoir mes résultats au concours. 16 à l'écrit, 7 à l'oral. Je savais plus trop quoi penser de moi même. Il a proposé qu'on se voit, peut être pour en parler. Ou juste pour que les grands esprits se rencontrent. Je le stalke sur Google : peut être très utile à mon réseau professionnel. En plus, il a plutôt l'air très très beau.
Parfait.
A la sortie du métro, je le reconnais à peine, il ne dégage pas la même chose que sur ses photos. Pixellisé, il fait plutôt beau gosse roméo. En vrai, plutôt un peu intello, un peu timide, mais tout de même pas à jeter, au contraire. Il m'a acheté mes bières préférées et du bon vin blanc. Une gamecube, et je suis heureuse. Doucement, il se rapproche. Je crois que je lui plais beaucoup. Aucune considération de ma part, ni une caresse ni un regard. Je réfléchis. Il faut que je sache ce que je suis en train de faire. Je ne veux rien regretter. Je n'y avais pas pensé, il avait l'air trop innocent pour imaginer cette configuration. Je sais qu'on ne se reverra probablement pas. Arrivé à un stade, je le repousse. Il me demande si je veux qu'il aille dormir sur le canapé. "Tu joues avec le feu là, meuf" j'me dis. Je cède, car comme on dit, "YOLO". C'était pas trop raisonnable, mais mon corps réclamait ses baisers. S'en suit une nuit de volupté comme je n'ai pas vécu depuis longtemps (en supposant que j'aie déjà vécu un truc pareil, ce dont je ne suis pas sûre).
Au milieu de la nuit, le cul vissé sur la cuvette, pendant que je pissais, je me demandais "et demain ?". Demain est un autre jour. Au réveil, j'ai mangé une tranche de brioche, j'ai fumé une cigarette et je suis partie. J'ai donné mon corps, je l'ai repris et je suis partie, sans me retourner, ni même envoyer un SMS. Dans le métro, je m'aperçois que je n'ai jamais connu une évolution personnelle aussi rapide. En bientôt un an, j'ai atteint un niveau d'indépendance impressionnant. De phobique de l'abandon / dépendante affective, je suis passée à la meuf capable de passer la nuit une nuit intense et magique avec un inconnu et de repartir l'air de rien. J'ignore cependant si je suis plus heureuse comme ça. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, plus personne n'est essentiel à ma vie. Absolument personne n'a assez de pouvoir pour me faire du mal, ou même me bouleverser. C'est quelque chose dont je suis fière. Maintenant, il ne reste plus qu'à regagner mon humanité. Voilà, c'est la première fois que je me suis livrée à un quelqu'un que je ne reverrai pas. Je me suis dit qu'il fallait archiver ça.