Bon, j'arrive. Puis j'attends trente minutes : ma responsable de stage pensait m'avoir dit 10h. Okiii. Et finalement, c'est ce que j'ai fait de toute la journée : attendre. J'attendais que le temps passe, qu'elle me donne des tâches à effectuer (chose faite une heure avant la fin de ma journée), en lisant les brochures qu'elle me donnait le temps qu'elle finisse ce qu'elle avait à faire (son boulot pour la journée quoi).
Donc je feuilletais les brochures et je suis tombée sur une expo sur les rhinogrades, donc j'ai fait des recherches en ricanant toute seule dans mon coin. "Le reniflard chuintant pêche dans les cours d'eau à l'aide d'une secréation visqueuse qui s'écoule de son nez. Il renifle fortement pour remonter la ligne." (il s'agit d'un excellent canular scientifique)... Jusqu'à ce que je me rappelle que mon bureau (oui j'ai un bureau et un Mac G5 pour moi toute seule hihi) était... En open-space. Oui. Naïve, j'ai osé penser que c'était stylé. Alors qu'en réalité, c'est l'endroit où on se sent le plus oppressé du monde, croulant sous le regard des collègues qui nous épient du coin de l'oeil (enfin c'est ce dont on est persuadés).
Collègues que je dois TUTOYER. Je sais pas si j'en ai déjà parlé mais je présente un blocage par rapport au tutoiement des adultes. Trois d'en elles (ya que d'la meuf) m'ont dit "tu peux me tutoyer ^_^" mais c'est plus fort que moi, ça ne me vient pas à l'idée de tutoyer des adultes, qui, d'autant plus, me sont inconnus. Bref, trop d'angoisse sociale pour moi pour aujourd'hui. Mais globalement, elles sont toutes d'une gentillesse absolue et m'ont beaucoup aidée pour que je me sente à l'aise et que j'ai tout ce dont j'ai besoin.
J'ai décidé de prendre mon courage à deux mains et d'aller manger avec l'une d'entre elle (une des plus jeunes) demain, qui m'a proposé de venir avec elle aujourd'hui mais j'avais déjà mangé au CROUS (cantine universitaire) de Jussieu (Paris 6 Pierre Marie Curie) toute seule, en pensant qu'en allant en CROUS je me retrouverais dans un endroit familier, MAIS PAS DU TOUT. Déjà, j'ai mis une bonne trentaine de minutes pour y parvenir tellement la fac est géante (et demandé à 5 personnes) puis je me suis retrouvée à devoir choisir entre deux queues sans savoir à quoi elles correspondaient et à devoir calculer mon repas avec un système de points bizarres alors qu'au CROUS de ma fac, on entre (pas de queue), on prend entrée+plat+dessert sauf quand on prend une pizza, c'est entrée ou dessert. Et puis c'est tout quoi. Trop d'obstacles déstabilisants à affronter seule. Bon, n'allez pas imaginer que j'étais en panique non plus, mais ça m'a soulée de faire face à tant de choses (futiles) qui me perdaient ou qui me mettaient mal à l'aise. Ca me rappelle encore une fois à quel point j'adore me complaire dans le confort du familier.
J'ai donc mangé seule. Grande angoisse pour moi depuis le collège, que de manger seule à la cantine (j'en avais déjà parlé à mon entrée au lycée). Ici, le regard des gens ne m'a pas fondamentalement dérangée étant donné que ce n'était pas mon établissement. Ce qui m'a soûlée, c'est qu'en mangeant, je m'emmerdais. Chez moi, j'ai l'habitude de manger devant l'ordi ou la télé, au lycée avec mes amies et à la fac je mange en cours. Je me suis donc retrouvée seule au monde avec ma pizza 4 fromages (qui était, cela dit, excellente), jusqu'à ce qu'une fille minuscule vienne se mettre en face de moi. Pour ne rien dire. Elle aurait pu tenter un "coucou, je peux me mettre là ?" et engager la discussion, mais non. De ce silence, j'en ai déduit qu'elle ne voulait pas forcément discuter, en se mettant juste en face de moi, du coup j'ai rien tenté non plus. Mais c'était une situation assez bizarre quand même. Finalement, j'en ai conclus qu'elle ne voulait pas faire ma connaissance mais juste ne pas PARAÎTRE seule.
De retour au boulot, j'étais toujours stressée parce que j'allais devoir faire du benchmarking, terme que je n'ai jamais entendu avant l'entretien (j'ai fait des recherches pas la suite mais voilà quoi) et que j'avais RDV avec le dircom dans quinze jours pour lui présenter un projet.
En conclusion, un avis assez mitigé sur la situation. D'autant plus que personne ne retient mon prénom. Je dois reconstruire tout mon monde dans un nouvel univers, rendre de nouvelles choses familières et redéfinir mon identité et ma façon d'être, ce qui demande une force incommensurable. L'idée d'y passer treize semaines m'angoisse pas mal...
