Ca me dégoûte d'avoir voulu participer à l'uniformisation, à la massification d'existences. Créer des envies communes, des fantasmes collectifs et préfabriquer toutes ces idées dictatoriales, faire penser aux pauvres filles comme moi qu'il faut être filiforme pour être jolie, que des vacances de rêves riment avec vamos à la playa et que le canard WC c'est le rêve de toutes les chiottes. Tout ça au nom et pour la productivité, vendre des produits superficiels et nourrir la culture du no-brain.
Ca fait quelques temps (et vous l'avez sans doute remarquer), je me sens enfermée dans la moyenne, comme si mon individualité était étouffée par toutes ces normes connues ou insoupçonnées. Comme si la subversion sonnait systématiquement négativement. Rentre dans les cadres, moins tu te fais remarquer, mieux t'existes. Entre toi et un poireau, y'a que le pouvoir d'achat qui change. Comme si aujourd'hui, on n'existait qu'à travers son argent. Le mec qui a pas de maison pourrait crever dans la gueule ouverte, c'est comme s'il n'existait pas, comme s'il n'existait pas, comme s'il N'EXISTAIT PAS. Ca veut dire que vu qu'il a pas de fric, c'est comme s'il n'était pas né, qu'il vit dans l'indifférence, comme s'il était invisible, comme s'il n'avait jamais été sur ce banc, comme s'il n'avait jamais élevé la voix pour qu'on l'entende dans le métro, comme s'il était entouré de fantômes. Tout ça pour une question d'argent. D'ARGENT. De papier, de pièces. C'est quand même une des tragédies du siècle. J'ai tellement envie de sortir de cette société de consommation, ou du moins, sortir de mes prises de conscience et ne pas m'apercevoir que je me fais baiser par le marketing. Et pourtant, cette semaine, il ne se passe pas un jour sans que je me dise "putain tanane, tu te fais quand même trop niquer par le marketing hein". Et que j'me conduise comme un âne malgré tout, parce que c'est rentré dans mes pensées inconscientes, mes images mentales, mes réflexes émotionnels. Je suis née avec et c'est ancré en moi.
J'anticipe : vous pensez "putain demain la meuf va manger bio, devenir veg et se laisser pousser les poils des aisselles" et je m'en bats les steaks.
D'un autre côté, j'ai peur de me complaire dans une bien-pensance, de sortir des trucs tout le temps nuancés pour créer le consensus et ne pas vexer les ego de chacun. J'aime l'humanité, mais je comprends pas ton bac hôtellerie qui te destine à plier des serviettes toute ta vie, je déteste ces gros qui me demandent si j'ai mangé pour soudainement me déballer tous leurs soucis de fauteuil roulant, d'anneau gastrique, de vacances gâchées et qui profitent de la moindre occasion pour se victimiser. D'ailleurs je déteste les victimes. CQFD je me déteste moi même. Ces gens qui pensent qu'ils souffrent plus que les autres, que personne les comprend et que de toutes façons, ils sont trop complexes pour trouver de l'aide et puis que c'est toujours la faute à l'autre. C'est à chier, cette mentalité. Et c'est aussi à chier de penser que "non mais chacun s'épanouit comme il peut" pour me répondre sur le bac hôtellerie, de me répondre "non mais c'est une maladie quand même" quand j'en ai marre de l'autre qui me déballe ses soucis sans pudeur, et puis me dire "t'as trop raison" alors que toi même t'es une victime.
Bref, comme vous pouvez le constatez, je suis en plein pétage de câble.