C'est le moment de parler de moi, pour changer de d'habitude.
En relisant les articles de mon blog pour leur mettre des libellés, je me suis rendue compte qu'en moins de six mois, j'avais quand même beaucoup changé, psychologiquement parlant. J'étais ce coeur brisé qui pensait que la vie était une chose insoutenable et pleine d'injustice. Bon, je pense toujours que la vie est pleine d'injustice mais je suis sentimentalement heureuse et je commence à penser que je peux faire quelque chose pour qu'elle soit mieux, autant pour moi que pour autrui.
Il y a six mois, j'étais une larve à proprement parler. Je ne faisais rien de mes journées à part penser, penser et encore penser à la douleur que je ressentais constamment par rapport au fait que celui que j'aime était avec une autre fille, et donc vivre avec l'idée qu'il ne m'aimait plus. Après expérience, j'arriverais donc à la conclusion que son amour me donne mon souffle de vie. Naze, niais, cliché, qu'y puis-je puisque c'est la vérité.
D'ailleurs, il vient de me rappeler que c'était l'anniversaire de notre rencontre, il y a trois ans, jour pour jour. Je voulais retrouver mon journal de l'époque pour relire ce que j'avais écrit sur lui à ce moment là mais je me suis aussi rappelé que je le retrouvais plus depuis qu'on s'était fait cambriolé. Imagination [On] : Les mecs me l'avaient pris, ils l'ont lu et se sont foutus de ma gueule style "Hé Jean, regarde les conneries que cette meuf écrit, c'est dingue !". J'avoue que je suis mue par un besoin constant de répertorier tous mes faits et gestes, comme un historique de vie. Cette habitude va sans doute avec la manie que j'ai de collecter toutes les infos possibles sur les mecs que je trouvais beau (j'ai arrêté miraculeusement après m'être concentrée sur Jeremy) ou encore mon besoin compulsif de faire tout le temps des listes pour rien style "pipi - manger - raconter week end à Delphine" avant les récrés, en terminale. Oui, j'admets que c'est presque maladif. Mais quoiqu'il en soit, j'espère qu'en réalité, mon journal est planqué sous mon lit et tout poussiéreux.. Enfin c'est souhaitable pour moi.
Bon, pour revenir à ma réflexion égocentrée, comme je me suis dit que j'avais considérablement changé en cinq mois, j'suis arrivée au moment où on se demande à partir de quel âge on ne change plus. M'enfin, vous me direz qu'on change constamment, blablabla. Je sais pas si j'suis un bébé ou quoi, mais j'ai comme l'impression qu'à un certain moment, on arrive à un âge où les décennies finissent par se ressembler, où tout devient pareil, mais avec des changements minimes style "on a changé de voiture", "j'ai changé de monture de lunettes" ou "j'aime les courgettes maintenant". Vous voyez ce que je veux dire ? C'est comme si la vie d'adulte était une mélodie doucereusement monotone. Ce n'est pas forcément un mal, ça veut dire qu'on a finit de se construire... L'adolescence, c'était pour moi un truc complètement fantasmé, imaginé à partir de romans pour minettes. Aujourd'hui, je peux dire que j'y ai survécu \o/
Cela dit, j'ai pourtant l'impression d'avoir quitté l'adolescence et de flotter un entre-deux, sur le point de rejoindre le monde des "jeunes adultes". Comme je le racontais hier à Jeremy, je n'ai pris conscience de mon corps de femme il y a tout juste quelques mois. Je me matais scrupuleusement à poil (aucune idée de pourquoi je fais ça mais je le fais tout le temps), et j'ai eu un choc. Je me suis dit que j'avais une poitrine vachement formée, des hanches et tout le bordel qui allait avec. Un vrai corps de meuf, que dis-je, de FEMME. Et pourtant, alors que je porte ce corps quotidiennement, je ne me suis pas vue grandir. J'ai l'impression d'avoir subi un changement brutal, alors qu'en réalité, ce n'était qu'un bouleversement psychologique.
J'ai bientôt dix neuf ans. Mes amies disent que je fais femme. Bon, elles ont pas pu développer cette idée parce qu'il était 4h du mat et qu'elles s'endormaient (oui on fait des soirées pyjama avec une petite séance confessions dans le noir) mais ça mérite réflexion, vous pensez pas ? Je me rappelle qu'à mes 15 ans, je vivais dans une telle misanthropie que ça en devenait infernal. Aujourd'hui, je présente toujours une certaine insociabilité mais j'ai beaucoup moins de mépris envers les gens de mon âge. En seconde, ce que je détestais le plus, c'était vraiment mes congénères qui se prenaient pour des adultes, à boire, fumer et baiser comme des trentenaires alors qu'en réalité, ils n'étaient que de petits loupiots aux besoins sexuels grandissants. Comme une haine de "l'adulte précoce", qui pourrait ptet se traduire en une peur d'être adulte. Je sais pas.
Aujourd'hui, je n'ai pas peur de grandir. C'est pas forcément une hâte, mais lorsque je me compare à Jeremy qui, la veille de ses dix-huit ans, s'affolait dans tous les sens, avec une certaine envie de décéder sur place, je me sens plutôt sereine, sachant que dans ma tête, ma vie s'arrête à trente ans. J'veux dire que j'arrive pas à me projeter au dela. Je me vois "jeune" à vie. Si ça se trouve, je ne serais qu'une vieille vioc comme une autre. C'est difficile à encaisser, parce qu'on a toujours cultivé une certaine individualité, qui en fait, n'a pas sens. Je veux dire qu'il n'y a pas d'"eux" ni de "nous". On est simplement les futurs "eux". Nous aussi un jour, on sera là à faire chier nos enfants pour n'importe quoi, et ils raconteront sur leur blog à quel point ils nous méprisent, aiment ou admirent. Je trouve cette idée intrinsèquement affolante.

6 commentaires:
C'est drôle, ce sont des questions que je me suis vachement posée il y a quelques mois. (ça fait un poil discours de vieille conne ça, quand même, mais en fait non). Je pense qu'on vit des grands grands déclics dans la vie et que ça n'a pas forcément à voir avec l'adolescence. 'Fin moi c'est arrivé bien après, en tout cas.
Je viens de tomber sur ton blog, j'aime bien la façon dont tu écris les choses.
A force de te lire, j'ai remarqué que tu disais souvent "Quoi qu"il en soit". C'était un commentaire inutile, mais j'avais envie de le dire x).
hahahaha l'histoire des cambrioleurs m'as tué.
Les ptits cons. Bien des mecs pour penser comme ça.
Et merci d'avoir résumé la stupidité des homo sapien sapien, que dis-je des hommes de cro magnons, constamment autour de moi :
"En seconde, ce que je détestais le plus, c'était vraiment mes congénères qui se prenaient pour des adultes, à boire, fumer et baiser comme des trentenaires alors qu'en réalité, ils n'étaient que de petits loupiots aux besoins sexuels grandissants."
Sinon la photo: real life. Ou comment blanche neige est heureuse dans son couple, trois mioches dans les pattes et un rôtie dans le four.
Enfin, j'aime la fluidité de ton existence à travers les mots (allez une dernière pour la route quoi fallait bien rattraper le niveau de ce commentaire)
Oui, il n'y a aucun ordre logique dans ce commentaire. Chaos theory hello.
La veille de mes 17 ans j'ai fait une crise d'angoisse LOL. Dans mon lit. Toute seule. Tout d'un coup je me suis rendue compte à quel point ça allait vite, que la veille j'avais 12 ans et que mon papa me disait que je grandissais tellement et que les années passaient de plus en plus vite et tout d'un coup j'étais là dans mon lit et j'avais 17 ans.
Sinon comme toi je me vois un peu éternellement jeune. Ca parce que j'espère bien continuellement changer, ou alors tout bêtement parce que je vais mourir jeune.
Moi qui suis dans l'ombre ton blog et ne soutiens pas toujours tes thèses (mais bon c'est tout à fait personnel), je trouve que cet article soulève beaucoup de questions, finalement existentielles, mais plutôt effrayantes aussi. (j'ai 18 ans moi aussi)
L'adolescence est une construction fragile, quand on croit s'être trouvé, elle s'effondre brutalement. Intrinsèquement, la peur de grandir nous plonge dans une imitation sourde des plus âgés, car au final, oui, on est tous pas si uniques.. Et de la même manière que la fin de ton article, j'ajouterai qu'inéluctablement, même fatalement, il faudra à un moment se reléguer au second plan. Laisser la place à quelqu'un d'autre.
Anonyme : Je trouve ça terrible de savoir consciemment qu'on entrera dans la case des "eux".
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